Jack Stanton (John
Travolta), gouverneur d'un état du sud, est candidat démocrate aux
primaires présidentielles. Henry Burton (Adrian Lester), petit-fils
d'un célèbre activiste noir, rejoint son équipe, persuadé qu'il porte
un intérêt sincère aux plus démunis. Il fait la connaissance de Susan
(Emma Thompson), épouse de Jack, et des fidèles qui l'entourent :
Richard Jemmons (Billy Bob Thornton), Daisy Green (Maura Tierney),
Howard Ferguson (Paul Guilfoyle)... Devant l'émergence de ragots
concernant la vie prétendue dissolue du gouverneur, Susan décide de
faire appel à l'une de leurs anciennes collaboratrices, longuement
soignée pour troubles psychiques, Libby Holden (Kathy Bates)...
Plongée dans les souterrains d'une campagne présidentielle. Comme il
est facile de le prévoir, il s'agit de souterrains malodorants, remplis
de vase, d'immondices, de secrets inavouables. C'est cet univers
ténébreux, ambigu, doré à l'estérieur, sordide à l'intérieur, que va
découvrir peu à peu Henry, naïf et intègre, qui accorde sa foi juvénile
à la personnalité du gouverneur Stanton. Dès la première apparition de
celui-ci, incarné par un John Travolta à l'embonpoint confortable,
sourire discrètement carnassier et oeil délicatement humide, la donne
semble claire. Un pourri de première classe ne tardera pas à remplacer
l'homme bien propre sur lui, énonçant brillamment ses propositions
démagogiques.
En fait, les choses ne sont pas aussi simples, et une grande part de
l'intérêt du film naît de cette richesse narrative. A la sortie, tous
les protagonistes qui briguent le suffrage des électeurs sont renvoyés
dos à dos, davantage gris noir que blanc de blanc. Mais leurs
bassesses, leurs faiblesses sont finalement plus pitoyables que
véritablement haïssables. Jack est un obsédé qui saute sur tous les
jupons passant à sa portée (syndrome Monica Levinsky oblige !). Le
gouverneur Fred Picker (Larry Hagman) cache un passé peu reluisant...
Tout cela fait redescendre ces individualités hautement médiatiques au
niveau primaire d'un monsieur tout le monde aux veuleries banales. La
carapace de l'idole se lézarde pour mettre à jour une humanité
faillible. La conclusion est simple : quel que soit le parti, quelle
que soit la qualité de l'homme, le prix à payer pour accéder à la
Maison Blanche (ou à toute autre présidence) est lourd ! Personne n'en
sera surpris, mais Mike Nichols le souligne avec une habileté et une
sensibilité que la première partie de l'oeuvre ne laissait pas
soupçonner.
Si le personnage de Henry, sorte de témoin en cours d'initiation aux
arcanes du pouvoir est attachant, malgré son obligatoire effacement, si
Emma Thompson est touchante dans l'incarnation de cette épouse meurtrie
qui, de manière ambiguë soutient son époux contre vents et marées,
c'est finalement Libby qui marque profondément le souvenir. Kathie
Bates, toujours exceptionnelle, incarne avec un brio et une fragilité
désespérés cette lesbienne dépressive, écartelée entre son admiration
pour Stanton et la chute de sa droiture qu'elle voit s'accélérer. Le
rythme est un peu lent, certaines séquences sont peut-être étirées plus
qu'il ne serait souhaitable, l'ensemble se montre un peu sage, mais
cela n'empêche pas cette descente dans les catacombes politiciennes de
se révéler passionnante.