Nous
sommes en l'an 1375. La dynastie Ming, qui règne en Chine, est en
conflit permanent avec les Mongols de Gengis Khan et, accessoirement,
avec les Coréens. Une ambassade envoyée par ces derniers, sous les
ordres du jeune général Choi Jung (Jin-Mo Ju) est faite prisonnière et
emmenée dans le désert. Mais les Mongols attaquent et laissent la vie
sauve aux Coréens. Ceux-ci arrivent dans un village et décident de
libérer une Princesse chinoise, Bu-Yong (Zhang Ziyi), prisonnière des
Mongols, afin que cet acte leur ouvre les portes de la bienveillance
des Ming...
Si l'on peut incontestablement reconnaître à ce film un souffle épique
indéniable, une beauté sensuelle dans nombre de plans, une noblesse
méditative dans certains moments d'apaisement, une étude approfondie
des caractères, de la lâcheté à l'héroïsme pathologique et/ou
suicidaire, ainsi qu'une maestria exceptionnelle dans les plans de
combats, une question majeure s'impose tout de même à l'esprit
occidental, au sortir de cette (éprouvante) vision : quel peut bien
être l'intérêt d'une telle oeuvre ? J'avoue qu'une réponse sensée ne
s'impose pas à ma sensibilité. Non que le salut d'une aussi belle
princesse ne justifie pas, a priori, un extrémisme naturel au guerrier
dans l'âme. Mais justifie-t-il réellement cette débauche de carnages,
cette boucherie permanente, itérative, usante, qui nous abreuve de
têtes valsant dans tous les sens, de bras coupés, de flèches ou de
lances perforant les abdomens, tout cela pour déboucher
finalement, plus de deux heures après le début, sur quel élément majeur
? Le retour au pays d'un seul guerrier coréen et la sauvegarde d'une
Princesse charismatique mais tout de même passablement abstraite ! A
moins que certains idéaux ou symbolismes proprement coréens n'échappent
à nos mentaux d'Occidentaux...
Sans doute cette overdose sanglante, fort appréciée par certains
critiques, l'un allant jusqu'à la trouver "jouissive", a-t-elle ses
adeptes, d'autant plus qu'elle s'accompagne ici d'un indéniable
esthétisme. Pour ma part, elle me paraît déplacée, pour ne pas dire
écoeurante, et injustifiable, même si elle se marie à une évolutivité
psychologique des personnages et à une cohérence narrative certaine. La
répétitivité des séquences : fuite, bataille, fuite, bataille,
re-fuite, re-bataille, pour clôturer sur un long siège apocalyptique
qui n'est pas sans rappeler le final d'"Alamo", est particulièrement
éprouvante, à la fois formellement et visuellement. Seule la
personnalité hors du commun du mystérieux esclave, artiste du combat à
la lance, parvient à casser le pouvoir hypnotique du film, où
sauvagerie, barbarie, deviennent normales, ordinaires et logiques.
Certaines de ses attitudes de combattant rappellent étrangement un
Daniel Day-Lewis inspiré, incarnant le "Dernier
des Mohicans".
Virtuose et magistralement conduit, mais d'une gratuité et d'une
complaisance dans l'horreur violente qui laisse un goût amer plus que
douteux...