Premier
conflit mondial. Un militaire John "Smithy" Smith (Ronald Colman) a été
hospitalisé suite à une amnésie due à un choc de guerre. Un soir, il
sort en cachette et rencontre en ville une jeune danseuse, Paula (Geer
Garson), qui prend soin de lui et le cache. Ils s'enfuient, se marient
et vivent un amour sans nuage. Un jour, Smithy est convoqué à Liverpool
pour conclure un engagement par un journal. Il s'y rend, se fait
renverser par un véhicule et retrouve son ancienne personnalité :
Charles Rainier, tout en oubliant "Smithy" et la malheureuse Paula qui
vient d'accoucher...
Un mélodrame en
noir et blanc, typique des années 40, dans toute sa tension
émotionnelle, habilement générée par un scénario passionnant.
Il existe deux
grandes manières d'approcher un film. La méthode "pseudo" objective
(l'objectivité à 100% étant bien sûr un leurre !), qui dissèque les
qualités et mérites de la construction, du montage, de la mise en
scène... Et puis la réaction totalement subjective, mélange subtil et
parfois explosif de rejet, de peur, de fusion, de rêve...
Je suis fort peu
amateur de films anciens en noir et blanc, (auquel je reconnais
toutefois des qualités indéniables de dégradés et de
subtilités). Cette réduction vibratoire me semble tout de
même une hérésie. Le monde est un jaillissement de couleurs (tout au
moins la perception que nous en avons !).
Un
certain nombre de films "anciens" m'a cependant particulièrement
marqué. Celui-ci est un des principaux. A cause des thèmes de
l'incommunicabilité, de l'oubli, qui me touchent profondément.
L'amnésie telle qu'exposée dans ce mélodrame, ou la disparition de la
mémoire ("Se
souvenir des belles choses", "N'oublie
jamais"...) nous mettent en contact brutal avec la perte ou
l'abandon. Perte de ceux que nous aimons, perte des repères, perte de
notre identité.
Ici, outre un
scénario habilement conçu, le choix des personnages principaux est
judicieux. Ronald Colman, que je ne connaissais pas , ne possède pas la
beauté qui provoque spontanément l'attirance ou la sympathie du
spectateur (comme c'est le cas par exemple pour Robert Taylor dans
"Waterloo bridge", un autre exemple de
mélo envoûtant contemporain de
celui-ci ). Il ne révèle pas moins une personnalité riche et
en totale adéquation avec son rôle. Greer Garson est délicieuse.
Comment ne pas avoir le coeur déchiré en la voyant, stoïque et presque
sereine, dans la seconde partie du film ? Les seconds rôles, en
particulier la jeune Kitty, sont également fort attachants.
Le type de film
d'une époque révolue, dont les qualités de scénario, de simplicité,
d'émotion spontanée, libre de tout artifice clipesque, éveillent une
émotion profonde et bienfaisante.
Film sur IMDB