Malik
El Djebena (Tahar Rahim) est incarcéré pour six ans. A l'intérieur de
la prison, il ne connaît personne. Un jour, arrive en transit pour
quelques jours, un prisonnier qui doit apporter un témoignage important
dans le procès Faraldo. Une cible à liquider rapidement. Mais Cesar
Luciani (Niels Arestrup), chef des Corses, n'a pas l'intention de
sacrifier un de ses hommes pour effectuer l'exécution. Il contacte
Malik et le force à supprimer le témoin gênant. Dès lors, le jeune
homme acquiert la protection de César...
Le film a été salué, quasiment à l'unanimité, par la critique.
Assurément, si l'on prend en compte l'authenticité de la plongée dans
l'univers carcéral, dont les tares immuables (sauvagerie ordinaire,
peur omniprésente, clans rivaux, corruption banalisée, haines
raciales...), et l'atmosphère mortifère sont criantes de vérité, la
réussite est indéniable. Il en est de même si l'on se concentre sur
l'intensité sobre avec laquelle Tahar Rahim et Niels Arestrup
s'investissent dans leurs personnages. Le second impose, avec un
époustouflant naturel, une schizophrénie mémorable oscillant sans cesse
entre charme languide et bouffées de violence tétanisantes.
L'enthousiasme commence à se gâter lorsque l'on prend en compte
l'histoire. Cette descente dans les réglements de compte
corso-italiano-arabes n'est pas des plus palpitantes, d'autant plus que
la clarté narrative laisse parfois à désirer. Mais ce qui me paraît le
plus important handicap, réside dans l'indifférence avec laquelle on
observe ces individualités. Peut-être les drames vécus par les
prisonniers de la série "Oz" étaient-ils
trop "écrits", tricotés d'une manière un tantinet artificielle.
Toujours est-il que l'on vibrait en permanence, corps et âme, aux
souffrances vécues par Tim McManus, Augustus Hill, Kareem Said et
autres Tobias Beecher. Ici, rien de tel. Plus encore que dans "De battre mon coeur s'est arrêté",
déjà passablement froid, la distanciation avec laquelle est ici
observée l'inhumanité des protagonistes dresse entre eux et le
spectateur un mur que nulle émotion ne semble à même de traverser. Au
point que l'on se contrefout totalement de ce qui peut arriver à ces
humains pourtant déchirés intérieurement.
Jacques Audiard est à n'en pas douter un maître réalisateur (le plus
grand actuellement estiment certains critiques). Il effectue une oeuvre
d'entomologiste impressionnante à bien des égards, mais il est très
regrettable que certains puissent se sentir totalement étrangers à ce
genre d'expression cinématographique.