Kate
Miller (Angie Dickinson) est une femme belle, mais sexuellement
insatisfaite par son second époux, Mike (Fred Weber). Elle consulte
régulièrement un psychiatre, le docteur Robert Elliott (Michael Caine).
Un jour, elle rencontre dans un musée un inconnu, Warren Lockman (Ken
Baker), avec lequel elle passe la nuit. Au petit matin, elle est
assassinée à coups de rasoir par une blonde mystérieuse. Une jeune
femme, Elizabeth Blake (Nancy Allen) a été témoin de l'agression. Le
détective Marino (Dennis Franz) qui l'interroge, ne semble guère se
préoccuper du danger qu'elle court...
On ne répètera jamais assez l'importance que revêt une
ouverture de film réussie et l'impact positif qu'elle peut avoir sur la
perception émotionnelle du reste de l'œuvre. Ici, dès les premières
secondes, le spectateur est plongé dans un monde nouveau, amalgame
complexe de réalité et de subconscience. La caméra se glisse par une
porte, puis, à la fois oeil d'ange adorateur et de démon voyeur,
s'approche lentement du corps nu d'Angie Dickinson, caresse avec
sensualité les courbes de son corps comme le fait, physiquement, la
main savonneuse de la jeune femme. Mouvements lents, quasiment
étrangers à l'espace et au temps humains, portés par l'envoûtante et
magique musique de Pino Donaggio. Du plaisir visuel à l'état pur !
Puis, après une courte scène chez le médecin, c'est l'extraordinaire
séquence du musée. Là encore, un grand moment de cinéma. Pas de
paroles, mais quelle intensité ! Dans les regards, dans le plus infime
geste, dans le jeu de cache cache séducteur. Jusqu'alors, nous sommes
en présence de l'aspect érotique, ludique, de la passion amoureuse,
côté unification.
Puis, avec une sauvagerie abrupte, surgit le versant opposé : la
destruction. Le sang jaillit, l'oppression, la peur
s'installent. Cette nouvelle donne sonne brutalement le glas de l'état
de paisible apesanteur dans laquelle baignait l'histoire. Un pan de
réalité tragique et lourde s'implante : l'enquête du jeune fils de
Kate, Peter (Keith Gordon), les interrogatoires au commissariat.
Cependant, l'onirisme, le mélange de vécu et d'imaginaire, n'ont pas
disparu. C'est la superbe poursuite dans le métro. Et, pour clore cette
descente dans le labyrinthe des pulsions inconscientes, ce magistral
final, bien sûr inspiré de la mythique scène de "Psychose", dans la
conduite duquel on retrouve tout le génie de Brian de Palma, sa lenteur
habitée, ses mouvements de caméra qui s'apparentent à la technique de
chasse des fauves : immobilisme, mouvements suspendus, puis, en une
fraction d'éclair, le bond sur la proie.
A
tous point de vue, inoubliable...