Marguerite
Chauffournier Martineau, dite Jenny Lamour (Suzy Delair), rêve de
devenir une vedette de la chanson et, pourquoi pas, du cinéma. Pour
cela, elle est prête à presque tout, ce qui n'est pas du goût de son
mari, Maurice (Bernard Blier). Il voit en particulier d'un fort mauvais
oeil le difforme, riche et vicieux Georges Brignon (Charles Dullin),
faire les yeux très doux à sa belle. Il va même jusqu'à le menacer
en public. Aussi, lorsque Brignon est retrouvé mort, l'angoisse
commence à gagner les deux époux, d'autant plus que Jenny avait un
rendez-vous secret au domicile du mort. L'inspecteur adjoint Antoine
(Louis Jouvet) mène l'enquête...
Une intrigue simple, mais remarquablement développée, aussi bien dans
ses composantes réalistes (les scènes de cabaret et de spectacle sont
enthousiasmantes), que sociologiques ou psychologiques. Les personnages
sont intensément vivants, vibrants, émouvants. Il faut dire que,
incarnés par des acteurs aussi charismatiques que Louis Jouvet, Bernard
Blier, Charles Dullin, ou Suzy Delair, ils n'ont guère de difficulté
à imposer leurs tempéraments hors du commun. Au fur et à mesure que
le drame se développe, l'aspect caricatural des protagonistes qui
semblait se dessiner de prime abord (le faible jaloux, la femme
arriviste et facile, le flic bougon), disparaît totalement, pour
laisser émerger de subtiles variations intimistes dans lesquelles les
frustrations, les souffrances, les espoirs, et l'amour sincère
virevoltent avec un naturel aussi confondant qu'intemporel. Le décor
fait son âge, c'est sûr, mais le contenu est d'une actualité
émotionnelle évidente. Les seconds rôles ne sont jamais sacrifiés et
composent un écrin somptueux pour mettre en valeur la descente aux
enfers de ce couple étrangement assorti. Quant aux dialogues, ils sont
un pur régal.
Indémodable et fascinant.