Bien
qu'il soit très amoureux de la jolie Veronica (Tatyana Samojlova), et
qu'un mariage soit même envisagé, Boris (Aleksey Batalov) décide de s'engager lorsque
la guerre est déclarée avec l'Allemagne. Juste avant son départ il lui
fait parvenir un mot tendre caché dans le panier d'un petit écureuil.
Mais la jeune fille ne le découvre pas. Elle se languit de lui, ne
reçoit aucune nouvelle, et subit les pressantes avances du cousin de
Boris, Mark Alexandrovitch (Aleksandr Shvorin), compositeur, pianiste et nullement
désireux de s'engager dans le conflit...
Un
thème très classique qui annonce, cinquante ans à l'avance "Un long dimanche de
fiançailles",
d'autant plus que l'une des scènes qui ouvrent le film de Jean-Pierre
Jeunet reprend presque à l'identique celle où l'on voit Veronica relier
les chances de retour de son fiiancé à une improbable coïncidence.
Aucune scène de combat ne vient ensanglanter ce drame fondamentalement
guerrier mais profondément intimiste, focalisé sur les souffrances
intérieures, les espérances fragiles, de celles et ceux qui attendent
l'hypothétique retour des parents et conjoints partis au front. Le
réalisateur offre quelques belles scènes de foule aussi intenses que
vivantes, mais c'est surtout l'incarnation vibrante de Tatiana
Samoïlova qui reste gravée dans la mémoire. Son exubérance juvénile et
son charme mutin font tout d'abord penser à Audrey Hepburn avant que
l'angoisse et la culpabilité ne provoquent le basculement de son être
vers une intériorisation progressive et une détresse
pathologique
poignantes. Emotions et sentiments sont exacerbés par le poids des
événements extérieurs, la glace et le feu s'entremêlent, et une grande
pudeur ainsi qu'une sensibilité à fleur de peau donnent à cette
tragédie une troublante authenticité.
Une oeuvre fiévreuse et touchante, peut-être moins immédiatement
envoûtante que la romantique et sombre "Waterloo Bridge", de Mervyn
LeRoy.