Howard Roark est un brillant architecte. Trop
brillant, même, et surtout trop idéaliste, trop original, trop
intransigeant. Il refuse de se plier aux désirs de ses clients lorsque
ces désirs sont en désaccord avec sa conception de l'art. Son orgueil
est tel qu'il préfère un travail de tailleur de pierre plutôt que de
plier devant les exigences de ses commanditaires. Un jour, il rencontre
une jeune femme belle et rebelle, Dominique Francon. Leur passion sera
tumultueuse et zébrée de choix aussi violents qu'imprévus.
Cette
oeuvre, qui a vu la passion naissante de Gary Cooper pour Patricia
Neal, (comment eût-il été possible de ne pas succomber !), semble
filmée dans une urgence implacable. Les scènes se succèdent, brèves,
acérées, emplies d'une densité brute à l'image de la plupart des
personnages. Presque tous sont entiers, enfermés dans leurs
sentiments primaires, exprimant leurs folies ou leurs rancoeurs avec
une économie de mots et de justifications qui laissent parfois le
spectateur abasourdi devant tant de jaillissements intérieurs. Pas un
n'est secondaire. Le rythme infernal du scénario ne laisse aucune place
à l'intervention d'un être qui n'ait pas sa pierre à ajouter à
l'édifice. Chaque scène est moulée de passion brutale, de
confrontations opposées qui se télescopent avec fracas. La haine et
l'amour s'entremêlent, se chevauchent, se télescopent jusqu'à
l'élévation finale qui survient comme une ascension vers un univers de
réconciliation et de paix.
Toute
cette tension verbale, reflet de crises profondes, est fort bien
résumée par la réponse que fait Dominique Francon à celui qui lui
demande sa main : "Si un jour je voulais me punir de quelque terrible
faute, je vous épouserais !"...
Une
oeuvre foisonnante, passionnante, emplie de bruit et de fureur. Une
merveille.