James Douglas Clayton (Colin Farrell), est un
as de l'informatique, mais gagne sa vie en occupant un poste de
serveur. Il est contacté un jour par un responsable de la CIA, Wlater
Burke (Al Pacino). Après quelques hésitations, il accepte d'intégrer la
formation des futurs agents secrets. Dans "la ferme", où a lieu
l'entraînement, il fait la connaissance de Layla Moore (Bridget
Moynahan). L' attirance qu'ils ressentent spontanément l'un pour
l'autre, saura-t-elle résister à la pression qui leur est imposée jour
après jour, épreuve après épreuve ?
La réponse est... Non mais !!! Pas question de révéler quoi que ce soit
du déroulement de cette histoire, certes tordue et abracadabrante, mais
sans nul doute moins exceptionnelle que certaines missions réelles.
Roger Donaldson nous avait déjà donné, en 1987, une oeuvre passionnante
et hautement électrisante, "Sens
Unique". Après quelques passages à vide (une "Mutante" affligeante, entre
autres), il retrouve ici un art souverain de la manipulation, fondé sur
un jeu fascinant entre apparence et réalité, (façon "The Game"). Grâce à un
scénario tout en artifices, en rebondissements, en fausses pistes, en
trompe-l'oeil, le spectateur finit par ne plus pouvoir se raccrocher à
ce qu'il voit, à ce qu'il entend, ballotté sans cesse entre vrais
mensonges et vérités falsifiées. Après une ouverture en
fanfare, dans laquelle le formateur Burke (Al Pacino toujours égal à
lui-même, c'est-à-dire envoûtant), claironne que "la cause défendue est
juste", que "les informations sont plus importantes que la vie", le
récit plonge dans une réalité qui n'a plus grand chose à voir avec la
noblesse initialement affichée. L'amour, l'amitié, la confiance, ne
sont plus que des mots virtuels, des sentiments artificieux, dont la
cible, l'intensité, la durée, la motivation, sont au service exclusif
des missions reçues. Autant dire un monde schizophrénique dans lequel
l'agent nage avec plus ou moins de stabilité psychologique. Outre cette
plongée ensorcelante dans un univers de mensonges et de trahisons, le
spectateur assiste à une intrigue matérielle habilement construite,
dotée d'un rythme soutenu et d'un suspense assez diabolique. Les
diverses péripéties ne sont pas réellement novatrices, mais leur
conjonction s'opère avec une telle maestria, que la qualité de
l'ensemble du puzzle se révèle supérieure à celle des pièces prises
isolément.
Une très bonne surprise. D'autant plus que Colin Farrell se révèle très
convaincant dans cette incarnation d'un personnage à la fois fragile et
obstiné.