Juin
2006. La section alpha de l''armée américaine tient un barrage routier
à l'entrée de la petite ville de Samara. La tension psychologique est
constante. Le jeune Angel Salazar (Izzy Diaz), deuxième classe, espère
devenir réalisateur et, pour se faire la main, filme ses coéquipiers
dans toutes les situations possibles. Un jour, une voiture semble
forcer le barrage. Reno Flake (Patrick Carroll) tire comme il en a reçu
l'ordre. Une femme enceinte, que son frère conduisait d'urgence à
l'hopital, est tuée. Quelques jours plus tard, le sergent Sweet (Ty
Jones) est tué par une mine enfouie au milieu d'un amoncellement de
vieux meubles abandonnés...
De Palma réactualise l'une des oeuvres marquantes de sa filmographie, à savoir "Outrages",
en l'actualisant (l'Irak remplace le Viet-Nam) et, surtout, en
modernisant sa manière d'appréhender le drame central. Lawyer McCoy
(Rob Devaney) reprend la position qu'occupait Michael J. Fox, tandis
que B.B. Rush (Daniel Stewart Sherman) reprend celle de Sean
Penn. Cette similitude est a priori assez surprenante. Même si
l'indignation envers de tels actes relevant de la barbarie pure est
justifiée, le réalisateur aurait tout de même pu se donner la
peine de ne pas photocopier sa première réalisation. Il n'a pas choisi
cette voie, mais celle de la mise au goût du jour des moyens de
réflexion. Alors qu'"Outrages" prenait la forme d'un récit classique, à
la dramaturgie progressive, "Redacted" est composé d'une multitude
d'approches visuelles et narratives qui vont de la video amateur
tournée par un soldat, à celle des caméras de surveillance, en passant
par de pseudo vidéos publiées sur Internet. L'avantage premier est
évident : le spectateur a droit à une foultitude de points de vue qui
éclairent ou obscurcissent le déroulement des événements.
Paradoxalement, à une époque où la prise de vue est instantanée,
omniprésente, la réalité n'a jamais été autant déformée ou déformable.
L'apparente révolte de Brian de Palma semble également s'être
amplifiée. Mais, comme c'est le cas pour les images, s'agit-il d'une
apparence ou d'une certitude ? Assurément, B.B. Rush est un
irresponsable, un abruti, qui justifie ses exactions par le fait que
"les autres" font pire. D'autre part, quelques vérités bien senties sur
l'extravagante supériorité que l'Américain moyen affiche vis à vis du
reste du monde sont assénées. Mais elles sont servies par une
extrémiste à la haine viscéralement enracinée. Dès lors, les fanatiques
de tous bords sont renvoyés dos à dos, éternels pourfendeurs de la
paix, du respect et de l'amour. Alors... Ecoeurement de bonne foi
devant une incursion militaire en Irak totalement injustifiable, ou
manipulation exhibitionniste ? Difficile pour ne pas dire impossible de
trancher. Ce qui ressort peut-être de cette expérience filmique, c'est
que la juxtaposition de sources diverses pour "éclairer" le propos du
réalisateur ne semble pas le moyen le plus efficace pour réveiller la
conscience de ceux qui "dorment", tant certaines séquences "bon enfant"
cassent la tension que d'autres exacerbent. Mais c'est évidemment là
une impression toute personnelle...