William Parrish (Anthony
Hopkins) est le directeur d'une société de communication qu'il a
lui-même créée, et dont il maintient le cap avec une droiture
rigoureuse. Veuf depuis plusieurs années, il est très aimé de ses deux
filles. Allison, l'aînée, (Marcia Gay Harden), consacre toute son
énergie présente à l'élaboration d'une fête somptueuse pour les
soixante-cinq ans de son père. Susan (Claire Forlani), interne en
traumatologie, est vaguement fiancée avec Drew (Jake Weber), le bras
droit de William. Elle fait un jour la connaissance d'un jeune homme
(Brad Pitt), qui vient d'arriver à New York et ne connaît personne.
Elle sent une étrange attirance pour lui. Peu après l'avoir quitté, il
est renversé par une voiture. Pourtant, le soir même, elle a la
stupéfaction de le trouver aux côtés de son père, invité comme un
intime au repas de famille...
Les premières impressions
qui assaillent le spectateur au cours de la vision de ce film ne sont
pas forcément très positives : "Que c'est long" ! "Que c'est lent" ! Et
l'intrigue n'est pas vraiment originale" ! Bien qu'initiées par une
réaction épidermique primaire, tous ces considérations ne sont pas
entièrement fausses. Martin Brest, qui avait, dans sa précédente
réalisation : "Le temps d'un week-end", effectué un remake du "Parfum
de femme" de Dino Risi, semble ici donner naissance à une photocopie en
négatif de "La cité des anges",
sortie quasiment en même temps. Pour ce qui est de la longueur et de la
lenteur, là aussi, il est impossible de nier l'évidence. Pourtant, ce
choix délibéré se révèle, au final, une des multiples composantes
troublantes qui impriment à l'oeuvre une marque profondément
originale.
Au fil de cette
histoire fantastique, qui prend à plaisir, parfois, la forme d'une
romance sucrée, de multiples surprises se détachent, tels des icebergs
incongrus sur une mer tropicale. Le surnaturel, base de la
construction, ne donne jamais lieu à aucun débordement sensationnel ;
les effets spéciaux demeurent au vestiaire et le cours de la vie des
protagonistes conserve imperturbablement une apparence normale.
L'étirement temporel des scènes est en contradiction totale avec
l'instantanéité acérée qui est le propre des interventions de la
Camarde. Le choix de Brad Pitt, arborant en permanence un visage où se
mêlent compassion, tendresse, mélancolie, ne correspond aucunement à
l'image symbolique archétypale sombre, glaciale et menaçante,
construite depuis la nuit des temps par l'imaginaire humain. La
tragi-comédie semble prendre en permanence, mais sans affectation ni
esbroufe, le contre-pied de ce qu'attend le spectateur. Avec beaucoup
plus de subtilité et de profondeur que le film de Brad Silberling, qui
se plaçait résolument dans la lignée des contes romantiques, l'oeuvre
de Martin Brest visite la relation ambiguë de l'homme avec l'au-delà,
et l'interaction de ces deux univers qui s'interpénètrent sans que le
"nôtre" ait conscience de cette proximité énergétique. La lenteur prend
alors le sens de méditation ; la longueur, celui d'illusion temporelle.
A la sortie de l'histoire, ce n'est pas la tristesse de la disparition
corporelle qui étreint le coeur, mais la découverte subjuguante de la
puissance de l'amour. Une banalité ? Peut-être. En théorie. Mais y en
a-t-il beaucoup parmi nous qui mettent réellement en pratique cette
banalité ? Anthony Hopkins et surtout Claire Forlani, intensément
expressive, mélange de fragilité pudique et de passion contenue, sont
inoubliables.