Ethan
Learner (Joaquin Phoenix) revient avec sa femme Grace (Jennifer
Connelly) et sa fille Emma (Elle Fanning) d'une soirée au cours de
laquelle leur jeune fils Josh (Sean Curley) a joué du violoncelle avec
ses camarades. Non loin de là, Dwight Arno (Mark Ruffalo) vient
d'assister avec son fils Lucas (Eddie Alderson) à un match de base
ball. Pressé par son ex-épouse, Ruth (Mira Sorvino) de ramener l'enfant
au plus vite, il prend des risques. Dans un virage, son véhicule se
déporte et il heurte Josh, qui s'était un instant éloigné de la voiture
de ses parents. Affolé, Dwight ne s'arrête pas...
"La dernière marche", "Crossing Guard", "In the bedroom"...
Autant de films dont le moins que l'on puisse dire est que le sujet
qu'ils abordent est casse-gueule ! Il est bien difficile d'évoquer la
douleur tout en ne versant pas dans le mélodramatique racoleur. Mais
lorsque l'équilibre est préservé, l'impact émotionnel touche au plus
profond du coeur tout être humain, surtout lorsqu'il est parent. Bien
sûr, le drame présent ne fait pas
l'impasse sur la souffrance des
personnages. Comment le pourrait-il, d'ailleurs, à moins
d'éluder volontairement l'évidence de l'insupportable ? Mais il le fait
une justesse et une dignité constantes. S'il y a, en théorie, d'un côté
le salaud, et de l'autre la victime brisée, dans la réalité
n'apparaissent que des individualités anéanties par deux désespoirs aux
causes différentes, mais aux manifestations similaires. Si l'on
parvient à regarder chaque scène avec la compassion d'un observateur
non impliqué, on se rendra compte qu'il n'en est pas une qui ne respire
l'émotion authentique. Pas une qui dévie de la ligne maîtrisée d'un
récit collant au plus près d'une réalité presque documentaire. Cette
fraction de seconde où l'univers de deux familles bascule dans
l'horreur, cette éternité insupportable de vide ou de désespoir qui la
suit, peuplée de panique, de culpabilisations, de questionnements,
d'agressivité, cette fuite de chaque être dans une quête susceptible de
combler l'abîme et de cautériser les plaies, cette recentration des
priorités vivancielles, tout cela est rendu avec une intensité et une
authenticité confondantes par un scénario remarquablement construit, et
bien sûr grâce à l'incarnation profondément humaine que Joaquin Phoenix
et Mark Ruffalo donnent de leurs personnages.
Une oeuvre qui ne cherche en rien l'originalité ou la nouveauté,
mais offre simplement un regard poignant, sincère, authentique et
humain sur une tragédie bouleversante. Il est incompréhensible que le
film n'ait apparemment pas trouvé de distribution en France !