1935 en Angleterre. Dans une riche demeure vivent la jeune et jolie
Cecilia Tallis (Keira Knightley), sa soeur cadette Briony (Saoirse
Ronan), qui écrit une pièce de théâtre, leur mère, Emily (Harriet
Walter), souvent migraineuse, ainsi que Robbie Turner (James McAvoy),
fils d'une femme de ménage, Grace (Brenda Blethyn). Robbie souhaite
faire des études de médecine. Le jour où le frère de Cecilia, Leon
(Patrick Kennedy) revient au domicile en compagnie d'un ami, Paul
Marshall (Benedict Cumberbatch), Robbie déclare son amour à Cecilia.
Mais Briony a découvert leur relation...
Passablement déconcertante cette oeuvre qui tente, sans vraiment
y réussir, de métamorphoser une histoire très classique en une
construction originale, dont le montage élaboré aurait pour finalité de
surprendre le spectateur tout en intensifiant le pouvoir émotionnel des
éléments bruts. Reconnaissons que le dénouement, aussi inattendu que
déchirant, justifierait presque, à lui seul, la tentative. Mais, une
fois le traumatisme ultime digéré, la globalité du film s'impose à
nouveau à la mémoire, et la perplexité reprend sa place. Après une
ouverture qui évoque un James Ivory énergique, avec intérieurs feutrés,
apparences sereines, tout un eldorado factice dissimulant à grand peine
les pulsions et les désespoirs qui sommeillent en chaque habitant, la
passion semble enfin jaillir. Pourtant, c'est immédiatement une plongée
longue, atone, presque ennuyeuse, dans la guerre et l'éloignement
des coeurs enflammés. Et, dans cet espace où l'on se serait attendu à
voir surgir la fièvre et la hargne, c'est la léthargie qui
envahit le récit. Dès lors, l'imbrication ponctuelle de séquences
antérieures au récit, qui, au début, conférait à la narration une
originalité et une richesse inconstestable (certaines scènes étant vues
sous l'angle interprétatif de personnages différents), prend l'allure
d'une affectation assez gratuite, voire nuisible à la dramaturgie.
Enfin, nouvelle donne, la dernière partie éclate d'intelligence,
d'authenticité psychologique, explorant le pouvoir de l'imaginaire sur
l'inéluctabilité des actions. L'interprétation est à l'unisson de la
construction choisie par le réalisateur. Les personnalités sont
tour à tour languissants, distants, hautains, enflammés. James McAvoy
et Keira Knightley, dont on pressent le potentiel romantique et
lyrique, semblent trop sous employés.
En fin de compte, c'est peut-être un excès d'intelligence
maîtrisée qui donne à cette tragédie humaine, a priori poignante, une
forme le plus souvent figée, hiératique, bien au-delà ce ce qu'il était
possible d'attendre sans pour autant tomber dans le pathos larmoyant.
Sur un sujet assez proche, nous préférons le "Retour à Cold Mountain" du regretté Anthony Minghella, sans parler, bien sûr, de son sublime "Patient anglais"...