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Décembre 1787, Portsmouth. William Brown (Richard Haydn), expert
jardinier embarque sur le "Bounty" qui doit se rendre à Tahiti pour
ramener des "arbres à pain" et, peut-être, changer la face de la
nourriture européenne. Le navire est commandé par le capitaine William
Bligh (Trevor Howard). Le second, malade, est remplacé au dernier
moment par le lieutenant Christian Fletcher (Marlon Brando).
La navigation commence et, rapidement, le capitaine se montre
autoritaire et obsédé par le temps perdu...
D'emblée les données sont claires. D'un côté un capitaine dur,
intransigeant, dont la souveraineté ne doit pas être contestée. De
l'autre un étrange officier, qui tient plus du jeune beau gominé que du
loup de mer, incarné par un étonnant Marlon Brando à la voix sifflante
de fausset, arrivant à bord vêtu d'un incroyable costume efféminé et
arborant pour dormir un bonnet de nuit hilarant ! Son personnage
présente d'ailleurs une ambivalence marquée et se montre plus
qu'ambigu. On devine à travers ses mimiques, ses réparties, une
désapprobation vis à vis de la froide férocité du capitaine. Mais cela
ne ressemble-t-il pas davantage à une jouissance dans l'insolence qu'à
une véritable condamnation morale ? Ce mélange de dandy et d'officier
responsable dans le personnage central de Fletcher Christian, est
d'ailleurs ce qui marque le plus dans les deux premiers tiers de cette
adaptation.
Pour ce qui est de la réalisation, un seul mot la qualifie :
nonchalance. Le terme pourrait tout aussi bien s'adapter à Marlon
Brando dans l'incarnation qu'il nous propose. Si l'on excepte les
moments de déchaînement de Bligh envers les insubordonnés, et, bien
sûr, le court passage de l'affrontement des deux officiers, l'ensemble
se traîne quelque peu dans les eaux bleues du Pacifique. L'intermède
tahitien, exotique et charmant, dure tout de même quarante minutes qui
paraissent bien longues ! Le troisième tiers du film, à partir de la
mutinerie, devient plus intéressant dans la mesure où le personnage de
Brando s'affirme et se complexifie. Bligh, de son côté, demeure
l'apôtre inflexible et méprisant de la justice expéditive.
La reconstitution du navire, effectuée spécialement pour le film à
partir de données authentiques, est réussie, de même que le tournage en
décors réels, mais le vérisme général est aussi éloigné de celui du
récent "Master and commander" que la Terre l'est de Pluton ! La tempête
du début secoue parfois le navire comme un fétu, mais à l'intérieur
quasiment rien ne bouge... Quand au final, passablement
théâtral, il achève de tirer l'oeuvre vers un romantisme quelque peu
déplacé.
Malgré le face à face de deux acteurs remarquables, l'ensemble demeure
très conventionnel et manque de concentration dramatique.