René (Philippe Noiret), inspecteur de police, arpente depuis vingt
ans le bitume de la capitale. Autant dire qu'il connaît par coeur
tous les petits truands de son quartier et les prostituées qui
battent le pavé. Il arrondit ses fins de mois grâce au tiercé,
mais, plus efficacement, grâce à des "ponctions" sur les
commerçants ou les proxénètes. Un soir, en compagnie de son
collègue Pierrot (Pierre Frag), il entreprend de soulager de son
magot un maquereau qui vient de collecter la recette de ses
travailleuses. Mais la police survient et, devant l'urgence de la
situation, René décide d'arrêter l'un des coupables, à savoir son
propre compagnon. Ce qui lui permet de passer pour un flic
incorruptible auprès de son supérieur, le commissaire Bloret (Julien
Guiomar). Mais un nouveau partenaire est attribué à René :
François, arrivé tout droit d'Epinal. Jeune, beau, et, surtout,
solidement planté sur le respect de l'ordre et de l'honnêteté...
Il n'est nul besoin de présenter davantage ce classique parmi les
classiques de la comédie made in France. Nous sommes loin des
atmosphères lourdes, des drames sombres, façon "Serpico",
"Narc", ou encore "Training
Day". Ici, exception faite de Camoun (Bernard Bijaoui), qui
ne fait qu'une courte apparition au finale, les truands sont quasiment
tous de braves types, qui tiennent plus de la caricature de bande
dessinée que du psychopate dangereux, et ce René, pourri jusqu'à la
moelle, recèle finalement un coeur d'or. Inutile de chercher une
grande vraisemblance psychologique dans cette évolution fulgurante de
l'incorruptible François, rapidement converti par les formes
avenantes de Natasha (Grace de Capitani). Comme c'était le cas pour
le délicieux "Association de malfaiteurs", le rire, la
tendresse, la bonne humeur sont ici rois. Un rythme enlevé dans une
première partie brillante, fait la part belle à des numéros
particulièrement jouissifs : René dictant ses réponses au
pick-pocket (Michel Crémades), afin d'éviter l'enflure des
statistiques, François embarqué par les éboueurs... Tout cela ne
révolutionne pas le septième art, mais, comme pour les grands
classiques, genre "Les Bronzés",
"Le Père Noël est une
ordure" ou autres "Tontons
flingueurs", déride les zygomatiques avec efficacité,
même si Didier Kaminka n'a pas la verve explosive d'Audiard ! La
seconde partie sacrifie un peu au conventionnel et au prévisible,
mais, en compensation, introduit quelques poussées de mélancolies
qui sont les bienvenues. Inutile de préciser que Philippe Noiret est
impérial dans ce rôle taillé sur mesure pour sa bonhomie tantôt
pateline, tantôt bourrue. Une sympathique équipée.