1713,
en Ecosse. Robert Roy MacGregor (Liam Neeson) demande au riche John
Graham, Marquis de Montrose (John Hurt) un prêt de mille livres afin
d'acheter des bêtes. Il compte les revendre et en tirer un bénéfice
substantiel. Mais l'odieux Archibald Cunningham (Tim Roth), de
connivence avec l'intendant du Marquis, Killearn (Brian Cox),
assassine l'envoyé de Robert, Alan MacDonald (Eric Stoltz), et dérobe
l'argent. Accusé de vol, MacGregor se voit contraint de fuir la colère
de son créancier...
Sorti la même année que "Braveheart", le film de Michael Caton-Jones ne
possède pas le flamboiement et le panache de l'oeuvre tournée par Mel
Gibson. Il n'en démérite pas pour autant. Si l'intrigue apparaît un peu
mince, la politique et l'histoire se voyant damer le pion par une
intrigue purement matérielle, si le rythme général est parfois
languissant, l'intensité des sentiments, des émotions et la véhémence
des personnages compensent en grande partie ces états de fait. Pénétré
initialement par les codes de l'honneur, écrasant de leur élévation
toutes autres considérations, le drame abandonne peu à peu cette
conception vitale marmoréenne pour y insuffler l'amour véritable, celui
qui est capable d'effacer l'orgueil et de reconnaître l'erreur ou
l'illusion dans les dogmes ancestraux.
Sans chercher à être inoubliable dans la mise en scène, M. Caton-Jones
et son scénariste ont eu l'intelligence de composer une galerie de
personnages contrastés, souvent hauts en courage comme en félonie.
Outre Liam Neeson, dont l'expressivité ne surprend pas, Jessica Lange
se montre ici particulièrement émouvante. Quant à Tim Roth, il livre
avec jubilation une incarnation particulièrement pittoresque et
glaçante d'une ordure de première grandeur. Hypocrite, efféminé à
souhait, minaudant à plaisir, son sourire machiavélique se révèle
infiniment plus effrayant que la férocité affichée de bien des brutes
épaisses. Bien que l'introspection psychologique soit réduite, les
personnages qui entourent le trio principal sont suffisamment bien
croqués pour ne pas faire figure de fantoches secondaires. "Rob Roy"
n'est qu'un film d'amour sur fond de traîtrises de bas étage, sans
ambition sociale ou historique. Mais il est un très beau film d'amour...