Il y a bien longtemps, alors
que l'Empire Romain s'étendait encore sur une grande partie de
l'Europe, de valeureux guerriers Sarmates avaient été enrôlés de force
dans l'armée impériale, avec promesse de liberté au bout d'un certain
nombre d'années de service. Parmi eux, une troupe quasiment mythique,
composée de Lancelot (Ioan Gruffudd), Gauvain (Joel Edgerton), Bors
(Ray Winstone), Tristan (Mads Mikkelsen), Galahad (Hugh Dancy), avec, à
leur tête, Arthur (Clive Owen). Après une mission qu'ils croient la
dernière avant leur démobilisation, ils reçoivent, de la part de
l'évêque Germanius (Ivano Marescotti), l'ordre de franchir le mur
d'Hadrien et de sauver la famille d'un important Romain, Marius
Honorius (Ken Stott), menacé par l'avance de Cédric le Saxon (Stellan
Skarsgård)...
Lorsque l'on passe de la vision véritablement chevaleresque de cette
épopée légendaire, filmée par Richard Thorpe en 1953 ("Les Chevaliers
de la Table Ronde"), à celle-ci, le choc est rude ! Nous sommes à mille
lieues du couple Ava Gardner-Robert Taylor, bien propre sur lui,
gratifié d'une noblesse limpide, distinguée et, pour tout dire,
certainement peu en accord avec la réalité. Oubliée, également, la
spiritualité simpliste qui faisait de ces guerriers des êtres proches
de Grands Initiés. C'était très beau, fort inspirant, mais,
aujourd'hui, cela sonne tout de même plus que démodé.
Ici, nous plongeons directement dans la vision moderne d'un Moyen-Age
apocalyptique, dans lequel la vie humaine n'a pas plus de valeur que
celle d'un poulet. Entre brouillard permanent, boue, combats sanglants,
masques terreux, violences permanentes, il ne reste plus guère de place
pour la grandeur de l'aspiration chevaleresque, tel qu'on la conçoit
dans notre imaginaire éthéré. C'est tout au moins la sensation que le
spectateur éprouve pendant une bonne partie de l'histoire. Les
"Chevaliers" ne se distinguent guère du tout venant guerrier. Puis,
insensiblement, une vague émergence de l'idéal que la Tradition prête à
ces hommes, se dessine. Dans leur gangue grossière de personnages
ordinaires, assez anonymes, immergés dans les tueries incessantes,
pointe une notion de liberté intérieure en même temps qu'un idéal
indépendant de la simple quête d'émancipation qui les dirigeait jusque
là. L'injustice ordinaire qu'ils côtoient et, surtout, la sagesse innée
de leur chef, leur font entrevoir la fausseté des principes prônés par
les soi-disant représentants du Catholicisme. Sans atteindre
l'intensité exceptionnelle d'un Russell Crowe dans "Gladiator", Clive Owen se montre très
convaincant dans le rôle d'Arthur. Pour ce qui est de Guenièvre, nous
avons affaire à une tigresse guerrière aux dents ensanglantées, qui
n'est pas sans surprendre. Elle entre dans la conception actuelle qui
privilégie le spectaculaire au détriment du subtil. Quant à Merlin
(Stephen Dillane), il a totalement troqué sa robe de mage pour un habit
de combattant ordinaire... Décidément, les mythes ne sont plus ce
qu'ils étaient ! Snif, snif...
L'ensemble ne révolutionne assurément pas le genre. C'est du solide, du
brutal, doté de reconstitutions convaincantes, parsemé de moments assez
impressionnants (qui le sont, paraît-il, encore davantage dans la
version longue), tels le combat sur le lac gelé ou la bataille finale,
et porteur, occasionnellement, d'une certaine force épique. Mais les
personnages qui entourent Arthur sont franchement basiques, et le
défaut, tant d'ambition que d'âme, se fait cruellement sentir. Reste
une épopée primaire conduite avec habileté et intensité, bien soutenue
par la musique de Hans Zimmer.