En 63 avant J.C., les armées romaines, sous le commandement de Pompée
(Conrado San Martin), envahissent la Judée et prennent Jérusalem. Les
gardiens du Temple sacré sont exécutés. Hérode le Grand (Grégoire
Aslan) est nommé Roi. Averti qu'un nouveau-né pourrait être le futur
Roi des Juifs, il ordonne à Lucius (Ron Randell), représentant de Rome,
de faire assassiner tous les enfants mâles nés récemment. Joseph
(Gérard Tichy), dont la femme, Marie (Siobhan McKenna) vient
d'accoucher, est averti en songe de la menace. Il fuit avec elle et
l'enfant en Egypte. Douze ans plus tard, ils sont de retour à Nazareth.
Jean le Baptiste (Robert Ryan) baptise ceux qui le désirent dans le
Jourdain et annonce à tous que le Messie est sur le point de se
révéler...
Si l'oeuvre récente de Mel Gibson ("La
Passion du Christ") peut irriter par sa vision réductrice et
extrémiste de la mission Christique, il n'en est pas de même pour
celle-ci ! Loin de là ! Dès les premières images, avec décors en carton
pâte, commentaires en voix off, et musique grandiloquante, le ton est
donné : ce sera du classique de chez traditionnel ! Pour celui
qui tient à la fidélité envers les Evangiles, ce sera même une
bénédiction. Pas une virgule importante n'a été modifiée. Le boeuf et
l'âne dans l'étable, l'adolescence passée à raboter les planches, le
séjour et tentation dans le désert, le recrutement des disciples, les
miracles, le sermon sur la montagne, la Cène, le Mont des Oliviers, le
baiser de Judas, le triple reniement de Pierre... Au bénéfice de cette
adaptation soumise, le choix des acteurs, peu connus, qui ont le mérite
de ne pas détourner, de la trame dramatique, l'attention du spectateur
sensible aux célébrités. La mise en image, avec la démesure qui était
de mise dans les années soixante, est relativement convaincante.
Certaines scènes et certains personnages ne manquent pas de puissance
et de charisme : la révolte dans Jérusalem, la visite de Jésus à Jean
dans sa prison ; Lucius, l'officier Romain profondément ébranlé par la
personnalité de Jésus ; Salomé, le monstre sadique et sanguinaire ;
Hérode Antipas, Ponce-Pilate...
Sans nier ces qualités positives, il est tout aussi possible de voir
l'oeuvre sous un jour moins enthousiasmant. La fidélité aux textes
prend bien souvent l'apparence d'une application didactique, vidée de
tout génie créatif. Compression du temps oblige, les discours de Jésus
ressemblent à une compilation appliquée de toutes les paraboles bien
connues. L'académisme règne en maître. Quant à celui qui cherche sa
vérité au-delà des textes admis et consacrés par les Conciles des
premiers siècles, il sera carrément en manque gravissime. Même si le
choix esthétique de Jeffrey Hunter n'est pas condamnable, même si
Nicholas Ray (qui allait replonger, deux ans après, dans les grandes
fresques, avec "Les 55 jours de Pékin"), conduit sa réalisation avec
une fièvre authentique, le souffle émotionnel et surtout spirituel
passe bien rarement dans cette fresque trop conventionnelle et
scolaire. Qui plus est, la musique de Miklos Rozsa, pas désagréable en
elle-même, se montre, souvent envahissante, voire soûlante.
Bernard Sellier