Alors
qu'un dangereux criminel, qui vient de s'évader de la prison de la
Santé, est recherché par toutes les polices de France, la jeune
Huguette (Audrey Dana) roule vers les Alpes en compagnie de
son "fiancé" Paul (Cyrille Eldin), afin de présenter celui-ci à ses
parents. Mais les deux amoureux se fâchent et Paul abandonne la jeune
fille, en pleine nuit, sur une aire d'autoroute. Elle y rencontre un
inconnu (Dominique Pinon), qui s'entête à lui venir en aide. Elle finit
par accepter qu'il la conduise envoiture vers sa destination et lui
demande s'il accepterait de passer pour son fiancé...
En quarante ans de carrière, Lelouch demeure de manière immuable fidèle
à son style. Prisonnier, pourront dire certains détracteurs. Quoi qu'il
en soit, il est parfois reposant de se trouver en territoire connu, sur
des sentiers balisés de longue date. Les chansons rétro qui scandent
certaines séquences, les infos radiophoniques pour "faire vrai", les
émissions de télévision, avec un présentateur plus que pro (Serge
Moati), qui dégouline de naturel... Et puis cette façon inimitable
d'insérer les éléments les uns dans les autres, à la manière des
poupées gigognes (Le titre du film est un roman de l'héroïne dont le
voilier porte le même nom...). Bref, contrairement à l'intrigue du
film, il ne fait aucun doute que c'est bien Lelouch, lui-même, himself,
en personne, qui a concocté cette aventure ! Après des oeuvres
particulièrement ambitieuses, le réalisateur revient à une certaine
forme de simplicité, celle qu'on trouvait par exemple dans "La bonne
année", ou dans le remarquable "Itinéraire d'un enfant gâté".
A son habitude, il joue goulûment avec les quiproquos, les
coïncidences, les synchronicités, les apparences, malaxe tout cela avec
une habileté indéniable, un charme parfois prenant, et un infantilisme
désarmant. Le problème, à supposer que c'en soit un, bien sûr, n'a
guère changé avec les années : tout est mis en place pour donner un
cachet flagrant d'authenticité aux événements, et pourtant l'évidence
de l'artificialité de l'entreprise est toujours manifeste ! Tout comme
certains personnages aiment à se faire prendre pour ce qu'ils ne sont
pas, c'est aussi le cas pour le film, qui revêt les dorures et
l'apparence d'un drame à entrées multiples, mais n'est, au bout du
compte qu'une gentille romance, aussi improbable qu'inutilement
tortueuse parfois. Il n'empêche que le plaisir simple de suivre ce
conte, habité par des acteurs sympathiques et convaincants (Dominique Pinon et Audrey Dana sont excellents), n'est pas à
dédaigner.