Marie (Caroline
Ducey) est institutrice. Elle est
attaché à Paul (Sagamore Stévenin) mais ne supporte plus qu'il n'ait
pas envie de faire l'amour. Alors elle cherche une compensation avec
Paolo (Rocco Siffredi). Puis avec son directeur, Robert (François
Berléand), spécialiste du sado-maso...
Depuis "Une
vraie jeune fille" jusqu'au récent "Anatomie
de l'enfer",
Catherine Breillat n'en finit pas de disséquer à la machette sa
conception des rapports intimes hommes-femmes. Et chez elle, la
sexualité est tout, sauf spontanée, simple, joyeuse, gratifiante et
naturelle ! Une antithèse de la réalisation tantrique. On n'en finirait
pas d'analyser sa compréhension et les blocages traumatiques qui la
parsèment, tant les commentaires parlés ou en voix off déversent tous
azimuts les aphorismes les plus saugrenus dont beaucoup frisent
l'aberration mentale. Cette analyse n'aurait d'ailleurs sans doute
d'intérêt que pour un psychanalyste chargé de démêler l'écheveau de ce
mal-être fondamental. Quelques phrases suffisent à se faire une assez
juste idée de la manière dont la réalisatrice conçoit l'amour : "les
femmes sont les victimes des hommes" ; "l'amour entre hommes et femmes
est une bataille sournoise" ; "l'amour est une question de pouvoir".
Enfin, Marie s'avoue qu'elle a le désir de trouver un Jack l'Eventreur
afin de mettre à jour cet amas de boyaux qui est l'essence du corps
féminin !... C'est dire l'équilibre affectif qui nimbe ce film. Les
hommes y sont, soit autoritaires et méprisants, soit machines à
sexualité, soit sadomasochistes. La relation équilibrée, épanouissante
pour l'un et l'autre, l'homme "normal", c'est-à-dire ayant harmonisé en
lui les deux polarités qui le composent, n'existent pas chez Catherine
Breillat. Mais la femme n'y est pas mieux lotie, puisqu'elle est un
patchwork désorganisé, cherchant désespérément dans les directions les
plus insensées, dans les paradoxes les plus fous, une reconnaissance de
sa valeur.
Lorsque l'on sort de la projection d'un tel film, on se dit que la
conscience de la réalisatrice doit ressembler à un champ de bataille
jonché de contradictions sanglantes, de visions cauchemardesques,
d'aspirations anarchiques et de giclées de violence inassouvies. Et
c'est bien triste pour elle. Tout est utilisable, même le monde
sacralisé de la médecine (la longue scène où les étudiants en médecine
se suivent pour examiner Marie enceinte), pour flétrir le corps de la
femme, cette merveille de beauté et de sensibilité. Mais, s'il ne
fallait retenir qu'une leçon de cette longue agonie de l'amour, de
cette suite lancinante (et parfois inaudible) de commentaires nauséeux,
ce serait le constat suivant : voilà ce qui émerge de notre
personnalité décomposée, lorsque le corps et la tête n'ont pas de
connexion entre eux.
Commencé dans un noir explicatif (on ne sait pourquoi Paul a choisi
cette attitude de refus sexuel), qui contraste étrangement avec le
blanc immaculé de son appartement, l'histoire se clôt sur une note de
cynisme morbide qui achève en brutalité inconsciente ce parcours
affligeant.
Un grand coup de chapeau tout de même à Caroline Ducey, qui exprime
avec justesse les errements intérieurs de Marie, et ne s'est peut-être
pas follement amusée pendant ce tournage.