Un
petit village
allemand au début du vingtième siècle. Divers événements, en apparence
anodins (une chute de cheval du médecin (Rainer Bock), l'accident mortel d'une
employée qui travaillait pour le Baron (Ulrich Tukur)...), surviennent
et sèment un
malaise certain parmi les paroissiens...
Que l'on apprécie ou pas les oeuvres de Michael
Haneke, celles-ci ont au moins un mérite : ne laisser personne
indifférent. Que ce soit "Funny games", "Caché",
ou ce "Ruban blanc", Palme d'Or à Cannes (entre parenthèses, il serait
intéressant de réaliser une étude sur les motivations des membres des
différents jurys pour décerner le précieux trophée !), le réalisateur
opte toujours pour la démesure. Agressivité provocatrice dans le cas du
premier, désespérante langueur dans le cas présent. Il est en tout cas
deux domaines, soulignés par la grande majorité des critiques, qui ne
peuvent être contestés. D'une part la qualité esthétique de l'écrin
dans lequel se déroule cette chronique, un somptueux noir et blanc qui
installe d'emblée un fort contraste visuel entre blanc-pureté et
noir-péché. D'autre part l'exceptionnelle qualité des acteurs, tant
adultes qu'enfants, qui traduisent à merveille les fêlures ou
ambiguïtés, aussi fines soient-elles, de leurs personnages.
Ceci étant constaté et apprécié, que retenir de
cette mini fresque historico-socio-psychologique, à supposer, bien sûr,
que l'on n'ait pas sommeillé trop longtemps durant la projection !
Probablement, d'abord, une ambition très intense. Trop, serait-on même
tenté d'écrire, au vu du rapport
disproportionné longueur-densité événementielle du film. Le propos
originel est certes intéressant : gratter lentement le vernis
impeccablement luisant dont se sont parés aussi bien les aristocrates
que les ecclésiastiques ou les prolétaires, pour faire apparaître les
frustrations, les haines, les hypocrisies, les violences physiques,
mais surtout psychologiques, ainsi que les fanatismes qui commençaient
à gangrener en profondeur la société. Cette mise à nu n'a d'ailleurs
rien d'anachronique, hélas ! Malheureusement, le résultat est loin
d'être à la hauteur des attentes. Outre une absence quasi totale de
progression dramatique sur les 135 minutes du film, les quelques scènes
mémorables, geysers brûlants de haine froide ou d'obscurantisme
criminel (le Pasteur et son fils Martin, le médecin et sa
maîtresse...), se voient tellement dilués dans un amoncellement de
plans beaux mais vides, de séquences inertes et sans âme, que l'analyse
et la dissection perdent toute force. C'est presque avec la colère de
la frustration, que l'on a envie de s'écrier : "tout ça pour ça !
Pourquoi une telle lenteur pachydermique, au point que certains plans
semblent tournés au ralenti ? Pourquoi ce refus manifeste de tout
crescendo narratif, même infime, qui aurait permis au spectateur de ne
pas décrocher à maintes reprises ? Pourquoi ce classicisme momifié dans
la réalisation ? C'est finalement une engourdissante froideur générale
qui se dégage de l'oeuvre. Si tel était le but espéré par le
réalisateur, il a pleinement réussi... L'ennui serait-il devenu la
marque de fabrique incontournable pour avoir une chance d'accéder à la
Palme d'Or, puisqu'il paraît que "Oncle Boonmee" (que je n'ai pas vu),
est, lui aussi, un redoutable pensum ? Il est pourtant tout à fait
possible d'illustrer avec génie un thème crépusculaire, voire
mortifère, sans pour autant offrir au spectateur une création plombée à
ce degré. Rappelons-nous "Le Guépard" ou "Mort à Venise", entre autres...
Mais, n'est-ce pas, chacun ses choix... Ceux de Michael Haneke sont
bien connus. L'un d'eux, en particulier, qu'il évoque dans la
conférence de presse donnée à Cannes en 2009 : poser des questions,
mais ne pas fournir de réponses à la fin du film. En l'occurrence,
symptôme inquiétant, aucune frustration n'est ressentie devant cette
fin ouverte.
Film sur
IMDB