1939.
L'Allemagne nazie a entrepris de dominer l'Europe, voire le monde.
Helmut Wallenberg (Helmut Berger), suivant en cela l'impulsion de son
supérieur, décide de faire transporter le "Salon" de Kitty Kellerman
(Ingrid Thulin), célèbre bordel fréquenté par des personnages
influents, dans une demeure isolée. Les prostituées sont alors
remplacées par des jeunes filles triées sur le volet pour leur absolue
fidélité au National Socialisme. Une fois la sélection effectuée par
Wallenberg lui-même, les nouvelles recrues sont "formées" afin de tout
savoir faire pour envoûter les "clients", et, surtout, les faire
accoucher d'éventuels secrets...
Célèbre pour son "Caligula",
qui plus d'une fois flirtait avec un
érotisme presque pornographique, Tinto Brass donnait naissance trois
ans plus tôt à ce drame lui aussi fortement pimenté. Le sujet a le
mérite d'aborder les dérives nazies par un biais rarement exploré.
Mais, malgré son talent, son charisme hiératique, Helmut Berger a bien
du mal à rendre cette fresque envoûtante. La principale raison réside
sans doute dans le fait que le fondement historique n'est qu'un
prétexte à l'étalage érotique qui inonde l'histoire. Qui la noie même,
par moments, dans un déluge, certes visuellement agressif, mais de
toute évidence artificiellement boursouflé. Il en résulte des longueurs
(les numéros musicaux), un certain nombre de moments narrativement
creux dans la partie médiane de l'oeuvre, et un dénouement accéléré
dont l'intensité dramatique soudaine fait ressortir la langueur de
multiples séquences antérieures. C'est d'autant plus dommage que le
commencement du film s'annonçait comme particulièrement dynamique et
pervers (l'orgie orchestrée, les monstrueux "tests" des recrues), et
que plusieurs personnalités, (Margerita, dotée d'une certaine pureté
morale, malgré son image de "maquerelle", Kitty, Wallenberg lui-même)
étaient dessinées avec une acuité et une ambiguïté excitantes.