Sam Dawson (Sean Penn) est
un brave garçon d'une trentaine d'années physiques, mais d'un âge
mental de 7 ans. Son amie accouche d'une petite fille, Lucy (Dakota
Fanning), mais s'empresse de les quitter. Sam se retrouve bien empêtré
avec le bébé. Au bout de quelques années, l'enfant lui est retirée par
jugement. Il décide d'engager un avocat. Mais ses maigres revenus ne
lui permettent qu'un commis d'office. Il contacte alors la brillante et
médiatique avocate Rita Harrison, qui l'éconduit hypocritement... Mais
il revient à la charge...
Dès qu'un film prend sa source dans un sujet à haute intensité
lacrymale, certains critiques voient rouge. Pourtant, quoi de plus
nourrissant pour l'âme qu'une histoire dans laquelle les bons
sentiments l'emportent sur la négativité ? Après tout, il faut savoir
ce que l'on privilégie pour s'alimenter. A moins d'être maso ou
stupide, on choisit, en général, pour le corps, des aliments de bonne
qualité, pas franchement avariés. Lorsqu'il s'agit d'alimenter
l'esprit, en revanche, on ne recule pas devant le n'importe quoi, voire
carrément les ordures, du type "Massacre à la tronçonneuse" ou autres
"Re-animator". Et là, personne ne s'en préoccupe, parce qu'on n'a pas
encore intégré le fait que ce qu'on voit ou entend est une forme de
nourriture pour la personnalité. Cela dit, nous passons en général tous
par ce stade "crade" et j'ai eu aussi ma période "La colline a des
yeux" ou "Nuit des zombies".
Mais, reconnaissons-le, le film "de larmes" est un genre
particulièrement casse-gueule. Car, pour atteindre son but noble,
c'est-à-dire éveiller chez le spectateur l'émotion qui permet à l'être
intérieur de grandir, de s'embellir, il est indispensable que la trame
narrative possède quelques qualités de base : la dignité, la pudeur et
une savante maîtrise des émotions distillées. Sinon, le ridicule ou le
rejet guettent impitoyablement !
Ici, malgré la présence de Sean Penn qui est, à mon sens, un des
acteurs les plus expressifs de notre époque, dès le début on peut
redouter le pire. Jessie Nelson nous délivre un montage
parfaitement huilé, dont chaque ligne semble calculée, chaque mouvement
de caméra, situation, effet d'optique, transition sont malicieusement
prémédités, et tout cela flirte avec le mauvais goût d'un plat
artificiel réchauffé au micro-ondes. Il suffit de voir défiler les
trognes savamment choisies des amis de Sam, pour s'en convaincre tout à
fait. On est bien loin de la spontanéité du "Huitième
jour". L'actrice qui incarne Lucy possède un joli minois,
mais ne me paraît guère crédible. Quant à Sean Penn, il faut vraiment
beaucoup de bonne volonté pour croire à son personnage de gentil
attardé. Le doublage français me semble encore renforcer l'aspect outré
et artificiel dans lequel il baigne.
Lorsque entre en scène Michelle Pfeiffer, caricature de femme
d'affaires stressée, c'est un euphémisme que de dire que ça ne
s'arrange pas vraiment. Ses explosions speedées
passent mal et plus d'une fois l'impression d'une farce
s'impose. C'est attristant, surtout que d'importantes questions sont au
centre de ce drame humain, la plus cruciale étant la place de l'amour
dans l'éducation d'un enfant. Trop de moments racoleurs, scandés
souvent par une musiquette d'accompagnement horripilante, viennent
casser la fragile part d'authenticité et de sincérité qui tente parfois
de germer.
Un film que l'on aimerait encenser pour le thème qu'il aborde. Mais,
vraiment, la tâche est rendue bien difficile par la réalisatrice, qui
est d'ailleurs l'une des deux scénaristes. Une belle occasion
grandement gâchée !