Le Ladakh. Un petit groupe
de Lamas se rend dans la demeure où médite, en catalepsie, depuis 3
ans, 3 mois, 3 semaines & 3 jours, un jeune moine, Tashi (Shawn
Ku). Ramené lentement et précautionneusement à la vie, il reprend son
existence traditionnelle dans le monastère voisin. Mais, contrairement
à ce que lui avait promis son maître, Apo (Sherab Sangey), il se rend
compte que les désirs charnels n'ont pas disparu et que la souffrance
de la frustration ne le laisse pas en paix. Il décide de partir dans le
monde et d'expérimenter les émotions qui l'attirent. Il se rend dans un
village où, quelques semaines plus tôt, une jeune femme, Pema (Christy
Chung), avait semblé attirée par lui...
"Samsara" désigne la roue des réincarnations, la succession
interminable des naissances et des morts. Le but du Bouddhisme est de
parvenir à mettre fin à cette inéluctable redescente dans la
matière.
Pan Nalin, qui a réussi l'exploit, grâce à son humilité, de tourner
dans les magnifiques décors du Ladakh, à 5000 mètres d'altitude, nous
livre une méditation lente, profondément empreinte d'humanité et de
spiritualité, sur le déchirement intérieur d'un être placé à un
carrefour crucial de son existence : devant lui deux voies se
présentent : celle de la dévotion pure, qui implique, comme ce fut le
cas pour le Bouddha, la séparation d'avec le monde objectif ; ou bien
la descente dans ce monde et l'immersion dans l'univers des tentations
avec le risque de s'y perdre. ( "Est-il préférable de satisfaire un
millier de désirs, ou d'en dominer un seul ?").
A-t-on souvent eu l'occasion de se voir invité, avec autant de pudeur,
de respect, d'authenticité, d'émotions à la fois bridées et poignantes,
de dignité dans l'érotisme, de violence contenue, dans le tréfonds de
l'âme humaine, au sein des angoisses métaphysiques qui font
redouter tour à tour la frustration oppressante de l'isolement
monastique et l'appel complaisant de la chair qui menace la
personnalité de noyade? Tout cela placé dans un écrin magique, écrasant
de beauté pure ? Les deux personnages principaux, remarquablement
choisis, portent sur leur visage cette noblesse, cette élévation
intérieure qui illumine l'ensemble de l'oeuvre.
Il y a
infiniment plus de grandeur spirituelle dans la scène finale,
déchirante, où Pema évoque avec gravité la souffrance endurée par
Yasodhara, épouse abandonnée par le Bouddha, que dans les deux heures
ignoblement boursouflées de "La
Passion du Christ"
!
Magnifique et inspirant... Le genre de film rare que l'on quitte dans
un état de grâce intemporel, purifié et grandi.