Philippe (Bernard Campan) est soigné dans une
institution. Il tente de retrouver la mémoire suite au drame qu'il a
vécu. Claire Poussin (Isabelle Carré) vient en consultation dans le
même centre, car de menus troubles de mémoire la perturbent. Ils se
rencontrent et s'aiment...
Je n'ai jamais été un grand amateur du cinéma français. Il y a dans
notre expression artistique, qu'elle soit cinématographique ou
musicale, une traduction de l'émotion intérieure qui s'accorde
difficilement avec mon ressenti.
Il y a bien longtemps qu'un tel choc ne s'était pas présenté à mes
yeux. Sur un scénario minimal, sur une trame menue, se tisse une
merveille de pudeur, de délicatesse, de joies infimes, de sentiments
profonds et de douleurs insoutenables. Le jeu d'Isabelle Carré, que je
ne connaissais pas et celui de Bernard Campan, que l'on est surpris de
découvrir dans un tel rôle, sont bouleversants de tendresse, de vérité
et de désespoir. Le visage de la jeune fille, perdue dans le
labyrinthe de la ville parce que son magnétophone s'est désynchronisé
d'avec sa marche, est un moment inoubliable. La plus petite peur, la
plus douce joie sont amenées avec une simplicité délicate et
déchirante. La scène finale, qui allie le désespoir total avec une
sobriété magistrale, ouvre un abîme sur l'horreur de l'oubli, sur la
descente aux enfers de celui qui ne sait plus vivre parce qu'il a
oublié ce qu'il est.
J'ai trouvé tout à fait remarquable que Zabou Breitman, interviewée
dans l'un des derniers numéros des "Années Laser", place au plus haut
le film de Sergio Leone : "Il
était une fois en Amérique". Il me
semble que cette oeuvre est
considérée avec une certaine commisération par beaucoup de critiques.
Comme si l'on ne pouvait pas attendre de création véritablement majeure
de la part d'un faiseur de westerns (spaghettis)!
Pour ma part, "Il était une fois en Amérique" est l'un des films les
plus beaux et les plus poignants que j'ai eu l'occasion de voir.
Rarement l'usure du temps, la destruction d'une vie, la plongée dans la
mémoire douloureuse, ont été orchestrés d'aussi magistrale manière !