1955.
Le jeune François, 7 ans, vit avec ses parents, Maxime Grinberg
(Patrick Bruel) et Tania Stirn (Cécile de France). Sans en connaître la
raison, il ne se sent pas pleinement heureux et s'invente un grand
frère qui posséderait les capacités physiques dont son père rêve de le
voir détenteur. Il trouve un certain réconfort auprès de Louise (Julie
Depardieu), une amie de longue date de ses parents. C'est elle qui, peu
à peu, va lui apprendre un secret soigneusement tu par sa famille.
1936. Maxime épouse Hannah Golda Stirn (Ludivine Sagnier). Il fait la
connaissance, à cette occasion, du frère de sa femme, Robert (Robert
Plagnol) et de son épouse... Tania...
Il est assez difficile de reconnaître la "patte" de Claude
Miller dans cette oeuvre. Celui que l'on a connu profondément agressif
dans les confrontations psychologiques de ses personnages ( "Garde à vue", "La meilleure façon de marcher"...)
nous offre une romance, certes incrustée dans un contexte hautement
dramatique, mais étrangement aseptisée, incolore, terne, comme si
l'ampleur de la tragédie qui a frappé des millions de personnes
étouffait l'envol des pulsions individuelles. Qui plus est, la
construction choisie par le réalisateur, en incrustations multiples de
quatre périodes bien différenciées (1936, 1943, 1955, 1985), fait que
90% de l'histoire est connue ou devinable au bout de dix minutes de
film. Même si l'intrigue n'a pas pour but de créer un suspense
haletant, cette défloration quasi immédiate de ce qui se veut tout de
même un secret de famille soigneusement tu, est gênante. Si l'on ajoute
à cela que le choix de Patrick Bruel est plus que discutable, que
Mathieu Amalric (François adulte) est totalement transparent (mais là,
c'est le rôle qui le veut !), il apparaît que tout le poids de l'oeuvre
repose sur les trois personnages féminins, Hannah, Louise et surtout,
l'envoûtante et radieuse Cécile de France. Ce sont elles qui insufflent
un peu de vie à ce drame fondamentalement poignant, traité avec
dignité, mais narrativement trop étiré et émotionnellement bien trop
retenu pour bousculer profondément le coeur. Reste évidemment
l'évocation de cette prériode qui compte parmi les plus sombres de
l'histoire de l'humanité...