Celia (Joan Bennett) rencontre, au cours d'un voyage à Mexico, un
séduisant architecte, Mark Lamphere (Michael Redgrave). Elle succombe
à son charme et l'épouse sans rien savoir de lui. Rapidement, elle
ressent une vague angoisse. Il lui annonce brutalement un jour qu'il
doit partir, suite à l'arrivée d'un prétendu télégramme. Il lui
donne rendez-vous, quelques jours plus tard, à son domicile, situé
près de New York, à Levender Falls. Elle s'y rend, est accueillie
par la soeur de Mark, Caroline (Anne Revere), et apprend, stupéfaite,
que son mari est père d'un adolescent, David (Mark Dennis). La mère
de celui-ci, Eleanor, est décédée quelques années plus tôt...
Une jeune femme qui s'éprend d'un bel inconnu. L'arrivée dans une
maison qui a vu les amours précédentes de son conjoint, la présence
de personnages mystérieux, voire inquiétants, une atmosphère à
couper au couteau... Ça
ne vous évoque pas quelque chose ? Oui, bien sûr... "Rebecca",
sorti huit ans plus tôt. Cela constaté, le film de Fritz Lang se
démarque de celui d'Hitchcock par une orientation narrative qui
évolue rapidement vers l'un des thèmes chers au
créateur du Docteur Mabuse : la présence cachée du Mal. Si le
décor (les "chambres fortunées" créées par Mark) est
original, les personnages ténébreux (une secrétaire, Miss Robey
(Barbara O'Neill) qui cache sous un foulard une cicatrice de
brûlure), l'angoisse intellligemment programmée, l'oeuvre souffre
tout de même de deux handicaps majeurs : un couple qui est loin de
posséder le charme magnétique qui illumine "Rebecca", et,
surtout, une sortie de "crise", assez proche de celle
qu'adoptera Hitchcock dans "La
Maison du Docteur Edwardes", d'un simplisme qui flirte avec
le simplet. C'est dommage, car la montée en puissance de la menace
s'opérait de manière inspirée, et le lien, établi dans l'esprit de
Mark, entre la forme des pièces et l'apparition d'idées criminelles
dans l'esprit de leurs occupants, ne manquait pas de piment.