Un nouveau chef a été nommé
à la tête de la secte des "Poignards volants", qui lutte dans l'ombre
contre le pouvoir en place. Jin (Takeshi Kaneshiro), un militaire, est
chargé par son chef, le capitaine Leo (Andy Lau) de s'informer sur une
nouvelle danseuse aveugle, Xiao Mei (Zhang Ziyi), récemment arrivée
dans la ville, et qui pourrait appartenir à la secte. La jeune femme
est arrêtée. Jin a pour mission de la faire évader afin qu'elle
conduise l'armée à la retraite des rebelles. Les deux jeunes gens sont
rapidement confrontés à divers dangers...
Comme
c'est hélas souvent le cas avec les oeuvres de Zhang Yimou ("La Cité interdite", par
exemple), le spectateur est déconcerté, écartelé entre deux émotions
contradictoires : le plaisir et la colère. Un incontestable plaisir des
yeux devant ce spectacle merveilleux, devant cette multitude de
splendeurs esthétiques hyper calculées, devant cette suite
ininterrompue de séquences dont chacune, bien plus encore que chez le
Kubrick de "Barry Lyndon", compose un tableau de maître digne d'illuminer un musée
de la beauté naturelle. Chaque étoffe, chaque geste, chaque regard,
chaque mouvement, chaque tenue vestimentaire semblent en harmonie
parfaite avec le décor qui les reçoit. Et l'on ne peut qu'être
reconnaissant envers l'art souverain du directeur de la photo, Zhao
Xiaoding, pour les chefs-d'oeuvre picturaux qu'il nous offre! Plaisir
également, doublé d'émotion profonde, envers cette histoire d'amour à
la Roméo et Juliette, dont le romantisme exacerbé est conduit avec une
délicatesse rare par le réalisateur, tout en étant sublimée par le
charme surnaturel de Zhang Ziyi.
Mais,
à côté de ces satisfactions intenses, une colère non moins
incontestable se manifeste. "Tout ça pour ça" pourrait-on dire ! En
effet si l'on ne peut que s'ébahir devant les chorégraphies guerrières
(celle de la forêt de bambous est mémorable), les envols des sabreurs,
les mouvements des combattants réglés au millimètre, il est loin d'en
être de même pour le scénario ultra simpliste, rase gazon, qui nous est
servi. Comme si, pour le metteur en scène qui s'est tout de même
adjoint deux autres scénaristes, la beauté pure était une fin en soi,
reléguant les événements au rang de trame diaphane superflue.Si l'on
veut apprécier cette oeuvre il est donc indispensable de
faire une croix sur l'aspect aventure avec un grand A que
l'on serait en droit d'espérer à la lecture du titre, de ne pas
craindre les lenteurs (il faut 20 bonnes minutes pour que s'achèvent
danses et minauderies préliminaires), et se régaler des multiples
envolées, tant poétiques que sauvages qui se succèdent avec une
régularité métronomique.