Jacques (Jean-Pierre Bacri) est médecin,
marié depuis de longues années à Carole (Nathalie Baye) avec laquelle
il a deux enfants. A quelques mètres de leur demeure, emménage un jeune
couple, François (Melvil Poupaud) qui vient d'épouser Edith (Isabelle
Carré). Le jeune homme doit prendre la succession de Jacques. Les
premières relations sont amicales, voire chaleureuses. Mais l'équilibre
est vite rompu lorsque Edith cède aux avances maladroites de Jacques...
La structure d'un film présente quelques analogies avec celles d'une
maison. Il y a d'abord les fondations. Dans le cas présent, solides
comme le roc. Deux hommes, deux femmes, et, bien sûr, la pente fatale
qui précipite vers l'irréparable. Le sujet a déjà été traité dix
millions de fois dans la littérature et le cinéma, et n'est pas près de
voir la fin de sa concession. Dans ce domaine, il est bien difficile
d'innover. Ensuite l'aspect du bâtiment. C'est là que peuvent
s'exprimer les hardiesses des constructeurs. Entre une maison
d'architecte inspiré et une réalisation Phénix, peu de points communs.
Mais, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, il n'est pas fort
aisé de se démarquer intelligemment des milliers d'oeuvres qui ont
précédé. Une réussite incontestable comme "Le fabuleux destin
d'Amlélie Poulain" (qu'on l'apprécie ou pas), est rarissime
dans le paysage cinématographique.
Le scénario de ce film est pour le moins rachitique. Ce qui, à la
rigueur, n'est pas un handicap pour donner naissance à l'émotion et à
la subtilité. Un exemple parmi beaucoup : "Mademoiselle"
de Philippe Lioret. Plus gênants dans le cas présent, sont
l'artificialité des situations mêlée à l'extravagance gratuite des
impulsions. Edith vient d'épouser un jeune homme beau, intelligent,
brillant, dont elle est apparemment fort amoureuse. Et, brusquement, la
voilà qui se pâme, sans que l'on sache pourquoi (à part le fait que,
comme le chante si bien Verdi : 'La Donne e mobile..."), dans les bras
du vieux Bacri, toujours aussi bourru et austère. Pourquoi pas,
objectera-t-on ! Edith est de toute évidence une sensuelle, une
spontanée, une impulsive idéaliste. Mais, tout de même, un minimum de
crédibilité est indispensable à la participation émotionnelle du
spectateur. L'absence d'analyse psychologique est acceptable. La
gratuité opportuniste, beaucoup moins. Le développement de cette idylle
improbable n'est pas beaucoup plus enthousiasmant que son enfantement.
Dîners en tête à tête, parties de campagne conventionnelles. Rien de
bien excitant à se mettre sous les papilles. La réalisatrice ayant
dû prendre conscience de ce manque crucial de matière, a
choisi d'introduire un choeur (à la manière des auteurs grecs anciens),
destiné à commenter les situations et l'inexprimé des acteurs. L'option
est assurément originale. Convaincante, c'est une autre question.
Suivant les goûts esthétiques et artistiques de chacun, il sera
possible de trouver ces incursions hautes en couleurs : agaçantes,
ludiques, inspirées, ridicules... Ce qui, à la rigueur, aurait pu
s'adapter sans trop de heurts à une histoire développée dans le milieu
des créateurs ou des musiciens, semble ici pour le moins incongru, dans
le monde rationnel du médecin de campagne lambda. Seconde originalité
adoptée par la réalisatrice : une débauche de rouges qui envahissent
chaque plan. Symbole de la passion, de la flamme, probablement. Une
marque de fabrique, sans doute (comme d'ailleurs la clope au bec
qu'arborent sans discontinuer les personnages !). Mais quelle
insistance ! A force de nous servir du pourpre à toutes les sauces, les
rétines s'épuisent rapidement. Voitures, bougies, rideaux, volets,
fleurs, robes, colliers, tapis, lampadaires, déménageurs... Rien
n'échappe à l'invasion ! Un scoop même : le sang de Nathalie Baye lui
aussi, l'est... rouge !
Plus encore que les partis-pris discutables et la relative pauvreté de
l'anecdote, c'est surtout l'hégémonie du factice qui nuit gravement à
l'intrigue et sape la tendresse bienveillante que l'on pourrait
ressentir pour les protagonistes. Comme souvent, dans les oeuvres
françaises, c'est la distribution qui permet de prendre un plaisir
certain à la vision. Il n'est pas si fréquent de voir Jean-Pierre Bacri
pousser la chansonnette et, comble de l'inattendu, sourire !
Quant à Isabelle Carré, elle illumine chaque scène de son regard
ingénu, espiègle, et de sa voix délicieusement puérile.