Le détective William
Somerset (Morgan Freeman) est à quelques jours de la retraite. Il
reçoit un jeune inspecteur David Mills (Brad Pitt) dont il doit
parfaire la formation. Justement, la matière se présente, puisque
plusieurs crimes aussi étranges qu'horribles sont commis. Rapidement,
Somerset soupçonne un lien avec certains écrits mystiques, tels "la
Divine Comédie" de Dante, et une concordance directe avec les sept
péchés capitaux. Il pressent que le tueur n'en restera pas à ses
premiers essais et voudrait laisser l'affaire à quelqu'un d'autre...
Dans la lignée des films
sombres de serial killers, il y a manifestement l'avant et l'après
"Seven". Lorsque apparaît une nouvelle séquelle, la référence au film
de David Fincher est incontournable. Même si l'importance hypertrophiée
que l'on attribue à cette oeuvre peut paraître excessive, il ne fait
aucun doute que sa réussite est exceptionnelle. Lorsque l'on visionne
ce film en 2004, on a l'impression d'avoir assisté cent fois à
l'assemblage de ces deux policiers aux tempéraments opposés ("L'Arme fatale", par exemple), à la
description minutieuse des crimes, au piétinement de l'enquête qui
s'ensuit, aux fausses pistes... C'est indéniable, mais il est
impossible de ne pas reconnaître l'acuité, la personnalité hors du
commun de cette réalisation. Aussi bien dans les rapports humains, que
dans le choix de la progression dramatique, ou encore dans ce final,
stupéfiant, au milieu d'un décor déshumanisé, tendu jusqu'à l'extrême
limite accessible.
Pourquoi cette perfection dans la narration ? Dans l'immense majorité
des films de ce type, aussi réussis soient-ils, apparaissent toujours
en filigrane le bâti, les coutures, sous la forme d'excès plus ou moins
discrets, pas vraiment indispensables, mais destinés à faire frissonner
le spectateur, de détails clinquants ou divertissants qui ont pour but
de faire baisser la pression ou de l'augmenter artificiellement, de
joutes verbales prétendues essentielles pour donner vie à l'antagonisme
des partenaires. Bref, tous ces petits à-côtés qui brillent, mais ne
sont pas d'or. Ici, rien de tout cela. David Fincher ne craint pas de
s'immerger totalement dans le marasme ambiant, dans le malaise intense
qui envahit aussi bien les lieux que les personnages. La pluie tombe
sans discontinuer (sauf à la fin !), quatre vingt dix pour cent des
séquences se déroulent dans une semi-obscurité, seulement traversée de
lueurs blanchâtres. Nous sommes en permanence dans l'ombre physique et
psychique, dans la concentration absolue sur l'indispensable,
le concret, le cœur de chaque situation. Cette ascèse dans l'analyse
psychologique donne naissance à un vérisme profondément poignant, qui
éclate, par exemple, dans la magnifique scène entre Somerset et Tracy
(Gwyneth Paltrow), la jeune épouse de David, rongée par la solitude.
Sans parler, évidemment, du dénouement dont l'originalité profonde ne
tue aucunement la véhémence. Pas de mouvements de caméra sophistiqués,
acrobatiques, comme dans "Panic room". Le drame, rien que le
drame, au volcanisme larvé, à la puissance dormante, qui après avoir
étalé quelques leurres pourtant horrifiques, dégoupille lentement sa
grenade pour l'apocalypse finale.
Du très grand art.