Sam Lombardo (Matt Dillon)
est conseiller d'éducation dans le riche collège de Blue Bay, en
Louisiane. Beau gosse, sûr de lui, il est très apprécié des jeunes
filles, en particulier de Suzie Marie Toller (Neve Campbell) et de
Kelly Lanier Van Ryan (Denise Richards), fille de la richissime Sandra
Van Ryan (Theresa Russell). Un jour, Kelly accuse Sam de viol. Les deux
enquêteurs, Ray Duquette (Kevin Bacon) et Gloria Perez (Daphne
Rubin-Vega) enquêtent discrètement. Mais, lorsque Suzie déclare qu'elle
aussi a été violée par Sam l'année précédente, ils sont obligés
d'arrêter le jeune homme. Celui-ci fait appel à Kenneth Bowden (Bill
Murray) pour sa défense...
Construit à la manière des poupées russes, qui n'en finissent jamais de
révéler leur composition interne, ce film possède un scénario
particulièrement roublard, qui nous interpelle sans relâche, jusqu'à
l'intérieur même du générique final, qu'il ne faut surtout pas arrêter
avant la fin.
On a l'impression de se retrouver dans un "Cursus fatal" sexualisé, qui, sur le
même principe des surprises en chaîne, se montrait tout de même plus
basique et nettement moins fouillé. Ici, outre le canevas à
rebondissements empilés, que l'on peut prendre, suivant son
tempérament, pour une construction subtile, ou pour un bâti
artificiellement gonflé, les caractères sont dépeints et approfondis
d'une manière telle, que l'impression de potiches manipulées ne
s'impose jamais. De plus, toutes les composantes de cette intrigue
multidirectionnelle sont amenées avec une dextérité certaine et un bon
niveau de vraisemblance, que tant d'excès auraient été susceptibles de
mettre à genoux.
La distribution, somptueuse, y est aussi pour beaucoup. Kevin Bacon,
qui inaugure ici un rôle qu'il reprendra dans "Mystic River" est excellent, tout comme
Matt Dillon ou les deux égéries, particulièrement gratinées. Il faut
dire, sans vouloir déflorer les rebondissements de l'intrigue, que dans
ce paysage sauvage, où les crocodiles sont rois, la bestialité n'est
pas le propre des animaux. Elle aurait même tendance à n'épargner
personne ! Alors, bien que la mise en scène soit passe-partout, on ne
peut que prendre un plaisir coupable à suivre ces magouilles aussi
extravagantes que tordues. Mais reconnaissons que, dans le genre,
l'intensité dramatique et la cohérence psychologique qui enfièvrent "Faute de preuves" ne sont pas égalées.