1595, à Londres. Deux théâtres se partagent les faveurs du
public et de la Reine Elizabeth (Judi Dench). L'un, dirigé par
Richard Burbage (Martin Clunes), rencontre le succès. Ce n'est pas le
cas de l'autre, dirigé par Philip Henslowe (Geoffrey Rush). Celui-ci
menacé par son créancier, Hugh Fennyman (Tom Wilkinson), tente de
faire pression sur le jeune William Shakespeare (Joseph Fiennes), afin
qu'une pièce sorte en fin de la plume du poète. Mais Will, chassé
par sa femme, passe son temps dans les bouges et voit son inspiration
dramatiquement tarie. Un jour, il rencontre, à un spectacle, une
jeune, belle et riche héritière, Viola de Lesseps (Gwyneth Paltrow).
Malheureusement, elle est promise, ou plutôt vendue par ses parents,
à un aristocrate presque ruiné, Lord Wessex (Colin Firth)...
Couronné par plusieurs Oscars, le film ne manque pas de charme. Le
thème n'est pas sans évoquer "Amadeus".
Un créateur au génie méconnu que la postérité se chargera
d'installer sur le piédestal qu'il mérite. Un adversaire reconnu par
ses pairs et adulé du public (dans le cas présent, Christopher
Marlowe (Rupert Everett)), contre lequel il faut sans cesse lutter. Un
artiste à la personnalité pour le moins excentrique et volage. Un
accouchement des oeuvres plus que laborieux. Une reconstitution
d'époque pleine de bruit, de couleurs, de charme, à défaut d'être
vraisemblable (les costumes semblent tous sortir de la teinturerie).
Et surtout des acteurs gorgés de sève juvénile, de frénésie
rêveuse, qui, secondés par une féerie de couleurs, donnent à
l'histoire une aura romanesque ensoleillée, virevoltante, que l'on
aurait plutôt vue s'épanouir dans les environs de Venise et non dans
les brouillards londoniens. Même la majestueuse Reine Elizabeth, à
côté de laquelle un couvercle de tombeau semble facétieux, révèle
un tempérament déconcertant.
Cela dit, si le plaisir que prend le spectateur est indéniable, si la
construction scénaristique, mettant en parallèle les joies et
douleurs vécues par William, avec l'évolution créative de sa
pièce, "Romeo et Juliette", est aussi intelligente que
passionnante, il n'en demeure pas moins que l'énergie un peu
brouillonne qui chamarre la première moitié de l'oeuvre, laisse sur la durée une impression
de superficialité. Ce n'était pas le cas pour "Amadeus".
Heureusement, le romantisme désespéré de la seconde partie apporte
une compensation bienvenue à la frivolité initiale. Et Gwyneth Paltrow se montre si délicieuse, tant en blonde
romantique qu'en adolescent fou de théâtre, qu'il serait malséant
de faire la fine bouche devant ce spectacle haut en couleurs.