David Helfgott (Geoffrey Rush) est le fils d'un Juif Polonais, Peter
(Armin Mueller Stahl), dont la famille a été décimée pendant la guerre.
L'enfant montre dès son plus jeune âge de remarquables dons pour le
piano. Ben Rosen (Nicholas Bell) souhaite lui donner des leçons. Le
père n'accepte qu'à contrecoeur. Mais lorsque l'adolescent est invité à
aller étudier aux Etats-Unis, il lui interdit carrément de quitter la
famille. Ce n'est que bien des années plus tard que le jeune homme
passe outre aux ordres paternels et se rend à Londres pour y étudier...
Bien loin d'être une biographie classique du pianiste David Helfgott,
cette oeuvre profondément touchante est un patchwork de moments
fugitifs volés aux souvenirs brouillés et cassés de son esprit malade.
Ecrasé par un père violent qui ne supporte pas l'idée d'être supplanté
auprès de son fils, moralement brisé par la culpabilisation dont il est
l'innocente victime, le jeune garçon, d'une nature déjà fragile, perd
peu à peu pied dans la réalité. Et le séjour londonien, même s'il lui
apporte une brève consécration, arrive trop tard pour l'empêcher de
sombrer dans une aliénation mentale qui impose son internement. Tandis
que, sous la direction du professeur Cecil Parkes (John Gielgud),
David construit son jeu pianistique, son esprit se délabre
lentement et tombe en lambeaux. Commencé sous une pluie battante, ce
parcours chaotique, toujours dramatique et cependant merveilleux,
s'achève dans un cimetière, mais empreint d'une certaine paix,
retrouvée grâce à la mort de son père et à son mariage avec
l'astrologue Gillian (Lynn Redgrave).
Cette mosaïque de moments décousus, de musiques omniprésentes, de folie
douce et anarchique répond avec justesse à la désintégration de cet
être promis à une réussite glorieuse, et qui ne trouve finalement son
salut, qu'en jouant dans un café. Geoffrey Rush, qui reçut l'Oscar du
meilleur acteur en 1996, pour son interprétation, est époustouflant
dans la peau de ce génie logorrhéique qui, malgré sa souffrance
intérieure, conserve, grâce, si l'on peut dire, à sa maladie, un humour
et une joie permanents. Et le doublage français rend, je pense, tout à
fait honneur à cette incarnation. Mais il serait injuste
d'oublier les deux interprètes de David, (Alex Rafalowicz, enfant) et
(Noah Taylor, adolescent), eux aussi remarquables de justesse dans
l'embarras de leur physique ingrat, et leur enfermement psychique.
Quant à ce père, dont le soi-disant amour se résume à la fortification
d'une cellule familiale étouffante, il trouve en Armin Mueller Stahl
une expression complexe et paradoxale des plus justes.
Magnifique.
Ceux qui sont intéressés
peuvent se rendre sur le site consacré à David
Helfgott.