Johnny Barrett (Peter Breck) est reporter au
Daily Globe. Son rêve est d'obtenir le Prix Pulitzer. Pour cela, il
travaille depuis un an, avec le soutien de son patron, 'Swanee' Swanson
(Bill Zuckert) et du Docteur Fong (Philip Ahn), sur une idée folle : se
faire interner afin de découvrir le meurtrier d'un employé de l'hôpital
psychiatrique. Son amie Cathy (Constance Towers) tente en vain de l'en
dissuader. Sous le couvert d'une soi-disant attirance incestueuse pour
sa soeur, il réussit à pénétrer dans l'asile en tant que patient...
Dans la lignée des films noirs de l'époque, sur un sujet qui tient à la
fois de "Vol au-dessus d'un
nid de coucou" et de "L'Invraisemblable Vérité", la narration
entre en quelques secondes dans le vif du sujet. Les personnages, à
peine présentés, sont immédiatement plongés dans le drame, et l'on
devine sans peine que leur sortie, si elle s'opère, ne laissera
personne intact. En revanche, après une ouverture où urgence
et sécheresse sont reines, le réalisateur semble changer la donne. La
scène du strip-tease chanté de Cathy (Constance Towers fait plus d'une
fois penser, physiquement et expressivement, à Patricia Neal ("Le Rebelle")), s'étire
étrangement, puis, lors de l'internement de Johnny, la cible criminelle
esquissée à l'origine semble se perdre parfois dans des méandres
inattendus. Le but du "jeu", qui paraissait simple et ascétique, paraît
emprunter des chemins de traverse, davantage politiques ou
sociologiques, que purement individualistes. La longue phase
démentielle du jeune Stuart (James Best), qui se croit Général à
l'époque de la guerre de Sécession, celle de Trent (Hari Rhodes), le
Noir qui appelle à l'adhésion au KKK, symbolisent la mauvaise
conscience des Américains qui, à l'époque, sortent à peine de la sombre
période du Mac Carthysme. Puis, en une scène de quelques secondes avec
Cathy, la narration retrouve immédiatement la dramaturgie
originelle.
Déroutante, dotée d'une mise en scène aussi ascétique qu'incisive,
originale (incursion de séquences oniriques en couleurs), tour à tour
agressive ou faussement lymphatique, construite en montagnes russes,
avec lentes phases ascendantes suivies de plongées vertigineuses dans
l'abîme de l'aberration mentale, l'oeuvre oscille en permanence sur le
fil d'un rasoir mortifère, et laisse le spectateur en état de choc
après un final aussi dépouillé que poignant.