Les
souffrances, les amours, les peurs, les désespoirs, les idéaux des
composantes d'un microcosme new-yorkais où s'entrecroisent hétéro et
homosexuels. Les multiples expressions de la vie, à travers un petit
nombre de réceptacles humains, Severin (Lindsay Beamish), Sofia
(Sook-Yin Lee), James (Paul Dawson, Jamie (P.J.DeBoy), Rob (Raphael
Barker), Ceth (Jay Brannan), Tobias (Alan Mandell)..., pour lesquels
atteindre la béatitude et l'harmonie dans l'incarnation n'est pas une
sinécure...
Si l'on est surpris, lors des premières séquences, que le film ait
failli être autorisé aux plus de 12 ans, l'hésitation des censeurs
trouve vite son explication. Certes John Cameron Mitchell ne dissimule
rien de la sexualité de ses personnages, mais son oeuvre demeure avant
tout ( comme dans le cas de "Ken Park"
), un drame humain profondément émouvant, et n'a rien de commun avec
les utilisations bassement pornographiques de la chair humaine, dans son
aspect le plus tristement répétitif. Outre l'originalité
conceptuelle, rare dans le cinéma, d'avoir recruté sur Internet, au
fil des mois, des acteurs pour la plupart non professionnels, qui se
révèlent exceptionnels dans un registre pour le moins délicat, le
réalisateur nous gratifie d'un regard confondant d'humanité et,
parfois, de légèreté, tout en accompagnant ses protagonistes dans les
abîmes de la détresse et du désespoir.
Mais, ce qui est sans doute le plus remarquable dans cette approche
généreuse, respectueuse, et, surtout, gorgée d'amour, c'est l'art
souverain de faire basculer, en quelques secondes, le regard que le
spectateur porte sur les personnalités. Par le pouvoir d'une image
(Severin, la maîtresse du sado-maso, prenant en photo une vieille femme
fouillant dans un égout), par la grâce de quelques phrases (la
confession de Tobias, l'ex-maire de New York), par l'émotion qui
jaillit d'une séquence (James et son sac en plastique dans la piscine),
des êtres peu sympathiques, voire même rebutants, se métamorphosent
en âmes tourmentées, en fragiles oiseaux blessés, dont la détresse
nous frappe en plein coeur. Alors, il est toujours possible d'ergoter en
arguant que les pathologies des créatures de ce microcosme semblent
parfois amenées artificiellement. Que la finesse psychologique pointe parfois
aux abonnés absents. A vrai dire, lorsque la spontanéité, la
sensibilité, et la compassion jaillissent avec une telle acuité, le
mental et son raisonnement ont le droit, voire même le devoir, de
se faire oublier. Et que dire de ces dix minutes finales, dont on
voudrait prolonger la magie éternellement, qui bercent le spectateur
dans une apesanteur galactique d'amour et d'extase ? Une pure merveille
d'émotion digne, capable de fendre le coeur des pierres...