"Sixième sens" a été, à juste titre, une
révélation grâce à l'habileté de sa construction, toujours croissante
jusqu'à l'explosion finale. Tout au moins, est-ce ainsi ce que j'ai
ressenti lorsque je l'ai vu pour la première fois (et unique, pour
l'instant). Après la vision de "Incassable"
(grosse déception !) et de "Signes", je me demande réellement si
l'impression très positive de "Sixième sens" supportera aussi
positivement un second regard. D'autant plus que le handicap majeur des
films qui reposent essentiellement sur la chute finale est, bien
évidemment, de voir disparaître, à la deuxième vision, le mystère qui
planait sur l'ensemble de la narration, et la soutenait de son auréole
d'angoisse.
"Signes" démarre
sur les chapeaux de roue ! Au bout de quelques minutes, nous savons que
deux insondables secrets sont installés : le premier dans le champ de
maïs de Mel Gibson, le second dans le tréfonds de son être, depuis que
sa femme a été tuée dans un accident, quelques années plus tôt. Pasteur
de son état premier, il est devenu cultivateur abandonné par la foi.
Passé cette
exposition théoriquement génératrice de conséquences lourdes et aptes à
faire grimper le taux d'adrénaline des spectateurs, le récit s'engage
suivant un cheminement "plan-plan" pas vraiment ennuyeux, mais pas
vraiment inspiré non plus. On retrouve la "flic" enquêtrice sceptique
et banale, les habituelles impulsions tensionnelles avec
bruits divers et montées d'angoisse, de classiques insertions de
flash-back progressifs sur l'accident de l'épouse. Et l'on devine que
dans cette découverte pas à pas des derniers instants de la malheureuse
femme, se cache une clé monumentale, qui va nous être assénée juste
avant que le générique n'apparaisse !
Lorsqu'elle
arrive enfin, cette clé, une sensation douloureuse s'impose : la
montagne du commencement a vraiment accouché d'une souris ! C'est
d'ailleurs l'impression que m'avait donné le final de "Incassable". Tout comme ici,
un montage habile et d'apparence subtilement mystique, qui débouche sur
une relation osmotique des mondes terrestre et invisible passablement
ridicule. Autant la découverte finale du psychiatre Bruce Willis était
un aboutissement apocalyptique et une apothéose inattendue, autant la
conclusion de "Signes" avec son coup de batte de base ball est
passablement affligeante.
Mel Gibson est
l'un des acteurs que je préfère. Sa composition de flic dépressif de "l'Arme fatale 1" est, pour
moi, criante de vérité, même si elle peut paraître excessive à
certains. Son incarnation de "Braveheart" est bouleversante. Ici, il
exécute correctement, comme toujours, ce qui lui est demandé. Mais,
malheureusement, il lui est assez peu demandé. Joaquin Phoenix, dans le
rôle de son frère, est excellent, mais bien loin du rôle magistral de
l'empereur Commode dans le "Gladiator"
de Ridley Scott.
Le mystère des "Crop
circles" est passionnant. Vous trouverez d'ailleurs ici
le lien avec un site qui propose les photos des centaines de figures
apparues dans le monde. L'intensité de la déception à la sortie de ce
film est proportionnelle à l'attente que suscitait le sujet choisi par
M. Night Shyamalan. Un traitement convenable, certes, mais bien
pauvre en comparaison de ce que l'esprit, toujours avide de
"plus", imaginait !