1932,
dans une petite ville d'Alabama. La crise de 1929 se fait encore sentir
et la pauvreté règne. Atticus Finch (Gregory Peck), avocat, est veuf
depuis 4 ans. Il élève seul son fils Jeremy 'Jem' (Phillip Alford) et
sa fillette, Jean Louise 'Scout' (Mary Badham). Le juge (Paul Fix) lui
demande un jour d'assurer la défense de Tom Robinson (Brock Peters), un
noir accusé d'avoir violé Mayella (Collin Wilcox Paxton), fille de
Robert E. Lee 'Bob' Ewell (James Anderson. Il accepte, mais cela n'est
pas du goût de certaines personnalités locales...
Ce film est classé à ce jour 41ème dans le Top 250 des films les plus
appréciés de tous les temps (sur le Site IMDB) et j'avoue que je n'en
avais jamais entendu parler jusqu'à ce qu'il sorte en DVD récemment.
Surtout connu par "Un été 42", sorti en 1971, Robert
Mulligan explore ici également le monde de l'enfance. Tout au moins le
récit est-il effectué par "Scout" et vue par ses yeux. La
structure narrative de l'oeuvre surprend. Tout commence dans la bonhomie
d'une petite ville du sud des Etats-Unis, où chacun se connaît et
entretient, apparemment, des relations de bon voisinage. Mais n'oublions
pas que cet univers est tamisé par le regard d'une fillette et de son
frère, prompts à se créer des utopies et à faire galoper une
imagination débordante.
Près de leur domicile, il y a donc un homme mystérieux, dangereux :
Arthur "Boo" Radley (Robert Duvall). L'est-il réellement,
nous l'ignorons. Puis, intervient ce qui promet d'être au coeur du
drame : le jugement de Tom Robinson, qui menace de déchaîner les
passions dans cette bourgade aux habitants ancrés dans un racisme
primaire, ostentatoire, et ancestral. Mais, contrairement aux attentes,
la narration repart dans le quotidien des jeunes enfants, nous offrant,
périodiquement, de belles scènes intimistes entre eux et leur père.
Enfin, le procès a lieu. Et, là aussi, le spectateur est pris à
contre-pied de ses attentes, tant les scènes du tribunal, d'ordinaire
propices aux débordements verbaux ou matériels de tous ordres, se
déroulent dans une atmosphère dont le calme total contraste avec les
passions supposées des blancs qui attendent un verdict exemplaire, que
la culpabilité du malheureux prévenu soit prouvée ou non ! Cet
épisode que l'on attendait, stupidement, il faut le reconnaître, comme
un morceau de bravoure, à l'instar des délibérations de "12
Hommes en colère", par exemple, laisse perplexe. Réduit au
niveau d'un élément parmi les autres, il devient en fait, non la
tragédie d'un adulte injustement accusé et condamné d'avance par la
barbarie de ses compatriotes, mais un épisode vécu par un enfant comme
aussi étranger à son monde que le dilemme crucial vécu par Atticus en
choisissant de s'opposer à ses "frères" blancs. En fait,
très subtilement, Robert Mulligan accorde à chaque événement
l'importance que lui accorde la petite fille. Aussi, l'épisode, de
portée infime, où son frère "Jem" doit laisser son pantalon
accroché au barbelé de la propriété dans laquelle il s'est
introduite, sera-t-il quasiment ressenti, traité, avec autant
d'intensité que l'énoncé du jugement qui voit un homme innocent
condamné !
Gregory Peck, tout en retenue et en finesse, trouve ici un rôle de
non-violent très proche de celui de James McKay, qui l'avait vu
s'opposer quatre ans plus tôt, au volcanique Charlton Heston dans
"Les
grands espaces".
Altruiste, généreux, profondément humain, empli de dignité et de
sagesse, nuancé, le film est une ode à la tolérance, touchante et
délicate. Il n'en demeure pas moins que l'atonie générale et
l'absence de passion plombent quelque peu ce tableau
sensible. Voilà assurément le genre de réalisation que notre
époque, où l'hypertrophie est reine, ne voit plus sortir sur les
écrans !