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" Sin  City ",       2005,

de : Robert  Rodriguez, Frank  Miller, 

avec : Bruce Willis, Clive Owen, Mickey Rourke, Jessica Alba, Elijah Wood, Nick Stahl, Rosario Dawson, Benicio del Toro, Michael Madsen, Josh Hartnett, Michael Clarke Duncan, 

Musique : John  Debney, Graeme  Revell, Robert  Rodriguez

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  Sin City. Une ville cauchemar qui semble vivre dans une éternelle obscurité. Peuplée de criminels au visage d'ange (Josh Hartnett) ; d' adolescents tueurs en série, voire anthropophages, Kevin (Elijah Wood) ; d'amazones armées qui, sous la direction de Gail (Rosario Dawson), défendent leur territoire à coups de mitraillettes ou de sabre, telle Miho (Devon Aoki) ; de flics prêts à mourir pour sauver l'innocent, Hartigan (Bruce Willis) ; de sénateurs pourris jusqu'à la moelle, Roark (Powers Boothe) ; bref, un univers plus noir que noir, auprès duquel les enfers plutoniens ressemblent à un séjour au Club Méd...

    Difficile, pour le spectateur non initié à ce type de littérature (si l'on peut dire...), de se sentir impliqué par un tel déferlement primaire de zigouillages gratuits, de délires fantasmagoriques, de personnages cartoonesques plus improbables les uns que les autres. En revanche, il est impossible de nier l'évidence : les deux réalisateurs ont réussi le pari fou de rendre visuellement captivant cet univers de BD, esthétiquement envoûtante cette marée de noir et blanc schématique, envahie ponctuellement de placards rouge sang, de pupilles bleues, ou de nappes dorées. Peuplé d'un casting impressionnant, avec un Marv (Mickey Rourke) absolument méconnaissable, l'espace urbain prend petit à petit une dimension ensorcelante, au point d'atteindre presque la manifestation authentique d'un cadre extra-terrestre. L'atmosphère, unique, glacée, les plans en (contre) plongée, les récitatifs ou dialogues taillés au rasoir, les personnages monolithiques stylisés, toutes ces composantes portent à croire que les décors de l'histoire, les bulles des textes, les caricatures humaines crayonnées, sont soudain devenues palpitants de vie. 

    Cela étant dit, si l'on ne peut qu'être admiratif de l'écrin, il n'en est pas de même pour la matière qui y figure. Comme dans la grande majorité de ce genre d'histoires, l'attirance sadique pour la violence extrême,  le mépris affiché pour la vie humaine, pour les individus considérés comme des silhouettes virtuelles, comme une masse de viande à charcuter de la manière la plus jouissive possible, laisse pantois. Les tempéraments psychologiques sont ramenés au niveau d'un Pithécanthrope, les intrigues sont du niveau : "j'te bute avant que tu m'butes", les relations inter-individus ne dépassent jamais le stade "oeil pour oeil", et seules comptent les diverses trouvailles mortifères destinées à éliminer de l'écran les méchants pas beaux qui puent. C'est peut-être un palier défoulatoire par lequel doivent passer  les ados du vingt et unième siècle, mais, pour ceux qui sont parvenus au stade adulte, c'est tout de même d'une imbécillité majuscule ! C'est d'autant plus dommageable que la forme enveloppant l'ensemble dénote une véritable inventivité, tant visuelle que narrative.

 Bernard  Sellier             

               

 

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