Malcolm Crowe (Bruce Willis)
est un brillant psychologue pour enfants. Récompensé par le Maire de
Philadelphie, où il réside avec son épouse, Anna (Olivia Williams),
pour services rendus, il fête ce soir-là cette distinction.
Mais un de ses anciens patients, Vincent Grey (Donnie Wahlberg)
s'introduit chez lui et le blesse grièvement avant de se
suicider. Quelques mois ont passé. Malcolm et Anna ne se
parlent plus. Il décide de se consacrer au petit Cole Sear (Haley Joel
Osment) qui vit seul avec sa mère Lynn (Toni Collette) et souffre de
graves troubles psychiques. Peu à peu Malcolm parvient à pénétrer les
défenses de l'enfant et à communiquer avec lui. Cole lui livre alors
son "secret"...
Avant "Incassable" et "Signes", aux sujets plus que prometteurs et aux
conclusions plus que décevantes, M. Night Shyamalan avait explosé
médiatiquement avec ce film qui était pourtant son troisième. Comme la
plupart des spectateurs, j'avais été bluffé, au bon sens du terme, par
ce final qui a fait couler beaucoup d'encre et qui, bien sûr, pour qui
ne connaît pas l'intrigue, peut se révéler un coup de tonnerre. Même si
la solution du drame n'est pas vraiment une trouvaille originale (je
pense particulièrement à l'excellent "Echelle
de Jacob" de
Adrian Lyne), il faut reconnaître au réalisateur un art magistral dans
l'avènement de ce dénouement.
Mais, pour une seconde vision quelques années plus tard, se pose, dans
le cas de ce type d'oeuvre qui repose grandement sur un final
particulièrement réussi, une importante question : la connaissance de
l'histoire va-t-elle casser en grande partie, sinon totalement,
l'intérêt ressenti primitivement ? Eh bien, dans le cas présent, la
réponse est assurément : non ! C'est la preuve que, si la
qualité première de ce scénario repose sur sa conclusion, tout son
développement révèle, au fil des visions successives, l'excellence de
sa progression dramatique et la subtilité avec laquelle le réalisateur
scrute, analyse les troubles du jeune Cole. Sans jamais céder au
superficiel tapageur, avec un sens de l'ellipse magistral,
une sensibilité à fleur de peau, il pénètre très progressivement dans
le monde des perceptions extra sensorielles du garçonnet. Et,
si Bruce Willis, à peine sorti du "Chacal",
de "Couvre-feu" ou d'"Armageddon", surprend fort
agréablement dans cette composition toute en finesse d'un psychologue
désemparé par un échec thérapeutique, que dire de Haley Joel Osment qui
avait fait une apparition dans "Forrest Gump" cinq ans plus tôt ? Les
qualificatifs semblent dérisoires pour rendre perceptible le génie de
son incarnation ! Découvrir chez un enfant de onze ans une telle
intensité dans le regard, dans le jeu, dans le pouvoir d'émotion
transmis à la caméra, relève purement et simplement du miracle
!
Un seul souhait : que le prochain film de M. Night Shyamalan, "The
Village"
retrouve le chemin de cette exceptionnelle réussite.