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" Sleepers ",       1996,

de : Barry  Levinson, 

avec : Kevin Bacon, Robert de Niro, Minnie Driver, Brad Pitt, Jason Patric, Billy Crudup, Dustin Hoffman, Vittorio Gassman,

Musique : John  Williams

*******

    

      1966 dans le quartier populaire du West Side de Manhattan, appelé "la cuisine du diable". Une bande de gamins qui jouent au base-ball et font de temps en temps des bêtises ou de menus larcins. Il y a là Michael Sullivan (Brad Renfro), Tommy Marcano, John Reilly et Lorenzo Carcaterra, dit Shake's. Et puis Carol Martinez. Un jour, pour avoir voulu truander le marchand de hot dog, ils provoquent un accident grave. Un homme est grièvement blessé. Condamnés, ils se retrouvent dans une institution pénitentiaire pour jeunes délinquants. Là sévit Sean Nokes (Kevin Bacon), un gardien pédophile et sadique et ses collègues tout aussi pervers, Ralph Ferguson et  Henry Addison. Les détenus subissent pendant une année les violences, sans oser en parler au père Bobby (Robert de Niro), qui leur rend visite régulièrement. Quinze ans ont passé. Michael (Brad Pitt) est devenu procureur. Shake"s (Jason Patric) travaille dans un petit journal. Carol (Minnie Driver) est assistante sociale. John (Ron Eldard) et Tommy (Billy Crudup) sont devenus des hommes de main redoutables qui assassinent sans pitié. Un jour, ils retrouvent dans un bar Sean Nokes et le tuent. Ils sont traduits en justice...

    Brillante distribution pour cette histoire dramatique construite sur une base fondamentale proche de celle du récent "Mystic river" de Clint Eastwood, mais qui se développe dans une vision et une orientation totalement différentes. Là où Eastwood se concentre sur les brisures intérieures d'un trio quasiment coupé du reste de la vie, Barry Levinson intègre, avec un brio  qui ne se substitue jamais au drame individuel, l'horreur de chacun, dans le contexte vivant d'un quartier populaire où les existences sont reliées par des fils invisibles mais puissants. 

    Tout commence d'une manière qui rappelle parfois l'enfance de Noodles dans "Il était une fois en Amérique". Les gamins livrés à eux-mêmes, leur découverte d'un univers quasiment carcéral qui n'offre que des chances bien minimes d'échapper à la médiocrité ou à la délinquance, la brutalité des couples qui leur servent de parents. Puis c'est l'enfoncement dans l'horreur,  qui  met définitivement fin au peu d'innocence et de pureté qui leur restait et les propulse dans le désir de vengeance. Le mythe de "Monte Cristo" plane d'ailleurs sur tout le film. 

    Racontée en voix off par l'une des victimes, cette histoire bénéficie d'une pléiade d'acteurs qui s'effacent devant l'intensité tragique des événements. Que ce soit Robert de Niro, sobre et inoubliable en prêtre capable de parjure pour tenter de ramener une brebis perdue, Dustin Hoffman en avocat détruit par l'alcool, Brad Pitt prêt à se sacrifier pour aider ses anciens compagnons de souffrance et faire condamner ceux qui les ont conduits à la déchéance, Kevin Bacon en sadique qui justifie ses actes par une soi-disant éducation à l'obéissance, tous sont justes et totalement en osmose avec cette oeuvre crépusculaire. La mise en scène, brillante, éclatée, alternant couleur et noir et blanc, n'écrase jamais le contenu et se montre en adéquation avec les cassures intérieures des protagonistes. Et ce film magnifique se conclut sur un épilogue bien sombre qui laisse un goût de cendre et de désespoir. 

Bernard  Sellier               

 

 

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