Martine Demouthy (Isabelle Huppert) et Louise
Mollet (Catherine Frot) sont soeurs. Enfin, génétiquement parlant. Car
pour ce qui est dela ressemblance, rien n'est moins évident.
D'ailleurs, la première, mariée à Pierre (François Berléand) vit à
Paris, dans un luxueux appartement et ne voit quasiment jamais la
seconde, qui travaille au Mans dans un salon d'esthétique. Mais Louise
s'est découvert une passion pour l'écriture, et les Editions Grasset la
convoquent à Paris. Ravie de voir s'ouvrir une proposition flatteuse,
elle débarque dans la capitale. La réception de Martine est plus que
glaciale. Et l'atmosphère ne va pas vraiment se purifier pendant les
deux jours qui précèdent le rendez-vous crucial...
Voilà le genre de film qui, si l'on a précédemment visionné la bande
annonce, ne réserve pas vraiment de surprise, que ce soit dans le sens
négatif ou dans le sens positif. On sait absolument à quoi s'en tenir
avant la première image et les quatre vingt dix minutes
prouvent que notre intuition était bonne. Cela dit, cette
constatation ne signifie pas que le plaisir est absent ! Le scénario,
des plus classiques (la personnalité "nature" va se révéler la goutte
d'eau qui fait déborder le vase du mal-être et craqueler le masque du
"tout baigne"), compte infiniment moins que la confrontation des deux
actrices, sur lesquelles repose le charme du film. Isabelle
Huppert est sèche, cassante, délibérément négativiste, aigrie,
colérique, décochant les vacheries avec la rapidité d'un Goran
Ivanisevic au service ! Catherine Frot endosse pour la énième fois son
costume étriqué de petite bourgeoise primaire, hypersensible,
logorrhéique, qui cultive la culpabilisation avec autant de talent et
de constance que la maladresse chronique.
Une fois que l'on quitte ce face à face excitant, le reste laisse un
goût légèrement préfabriqué, voire prévisible. Pierre (François
Berléand, toujours fascinant de détachement résigné), et Sophie
(Brigitte Catillon), la copine pimbèche, snob et, accessoirement,
dévoreuse d'hommes, sont les deux seuls personnages secondaires qui
tiennent une petite place dans l'évolution psychologique de Martine.
Malheureusement, la narration se montre bien étale, sans
véritables noeuds majeurs, sinon à l'extrême fin, même si, de place en
place, se greffent des moments de sensibilité émouvante. Louise, très
linéaire, est évidemment la plus jouissive, tandis que Martine,
écorchée vive, se montre plus que convaincante dans son agressivité de
survie. Et puis, n'oublions pas de mentionner la scène du repas
mondain, au cours de laquelle Catherine Frot, grandiose, narre sa
découverte de la grande passion !