Viré de son boulot de
porteur de pizzas, pour non respect du temps de livraison, harcelé par
son propriétaire qui lui réclame dix fois par jour son loyer,
perpétuellement en retard aux cours de son professeur, Curt Connors
(Dylan Baker), incapable d'avouer à Mary Jane Watson (Kirsten Dunst) ce
qu'il ressent pour elle... Tout n'est pas rose fluo dans la vie de
Peter Parker (Tobey Maguire) ! En compagnie de son ami Harry Osborn
(James Franco), il assiste à la première expérimentation du génial
inventeur, Otto Octavius (Alfred Molina), qui vient de découvrir le
moyen de générer une énergie infinie par le procédé de fusion. Mais
tout ne se passe pas comme prévu...
Deux après ses premières aventures dans un "Spider-man" moyennement convaincant,
Peter Parker fait une réapparition remarquée. Est-ce une disposition
intérieure personnelle plus favorable, toujours est-il que cette suite
me semble infiniment plus captivante que la première mouture. Sam Raimi
ne néglige aucunement les effets spéciaux imposés, les séquences
spectaculaires, l'invraisemblance native du personnage avec laquelle il
faut composer sous peine de rejet global, et pourtant l'ensemble de
l'histoire donne l'impression de se focaliser majoritairement sur les
tourments intérieurs du jeune Peter. De scènes intimistes, touchantes
(avec la sympathique Tante May (Rosemary Harris), romantiques, en
questionnements sur l'identité, en réflexions sur le fardeau du
pouvoir, la narration semble introduire les moments à sensation avec
une certaine mesure, comme des moments inévitables qui se trouvent là
par nécessité, mais non comme une fin en soi.
Même le représentant du "mal" trouve ici une humanité certaine,
provoque la compassion par son involontaire soumission à la machine
qu'il a créée. Fait plus extraordinaire encore, là où l'on pouvait
craindre le ridicule dans la conception abracadabrante de sa
métamorphose (ce qui nuisait à mon sens gravement au personnage
précédent du "Green Goblin"), la transformation du malheureux Docteur
Octavius ne porte pas à la moquerie. Et pourtant, il était possible de
craindre le pire de ces tentacules mécaniques pieuvresques, animés des
intentions les plus agressives ! La qualité des effets spéciaux,
époustouflants, associée à la conservation de la vision humaine et
souffrante du personnage, sont probablement les moteurs actifs de cette
vraisemblance et de l'intérêt que l'on porte à l'ennemi de
Spider-man.
Toute la partie intimiste de la narration, fort développée,
est elle aussi réussie, faisant coexister avec équilibre des
tempéraments aussi différents que Tante May, inconsolable de la mort de
Ben (Cliff Robertson), et pourtant intensément vivante, Harry
Osborn, partagé entre la haine et l'admiration pour son ami Peter, le
directeur du journal, J. Jonah Jameson (J.K. Simmons), truculent à
souhait, ou encore la fragile Mary Jane, écartelée entre Peter et son
fiancé. Culpabilité, doutes, besoins existentiels, drame du choix entre
la solitude du pouvoir et la plongée dans une vie ordinaire, toutes ces
composantes sont habilement explorées dans le processus évolutif de
Peter, auquel Tobey Maguire procure une incarnation subtile et modeste.
Une grande réussite dans le genre.