Avril
1991. La prison de Su-Chou en Chine. Une épidémie de choléra menace.
Un groupe de médecins, parmi lesquels se trouve Tom Bishop (Brad Pitt)
arrive pour vacciner gardiens et prisonniers. En réalité, Tom est là
pour tenter de libérer un prisonnier. Mais il échoue à la dernière
seconde et se retrouve incarcéré. Accusé d'espionnage, il doit être
exécuté le lendemain. Au siège de la CIA, Nathan D. Muir (Robert
Redford) s'apprête à vivre son dernier jour de travail, lorsqu'il est
informé de l'arrestation. Convoqué dans une réunion secrète, où
siègent, en particulier, Charles Harker (Stephen Dillane) et Troy
Folger (Larry Bryggmann), il lui est demandé de dévoiler tous les
renseignements utiles concernant Tom, qu'il avait recruté et formé
bien des années auparavant. Très rapidement, il s'aperçoit qu'en fait
ses collègues et le gouvernement ont l'intention de trouver un moyen
élégant de se désolidariser de Bishop, afin de sauver les
négociations commerciales qui ont lieu avec la Chine, ainsi que
d'ensevelir quelques actes d'espionnage qu'il serait gênant de voir mis
au jour...
Tony Scott n'est pas réputé pour la finesse de ses approches, surtout
dans ses réalisations anciennes ("Top gun", ou autres
"Jours de tonnerre"). En revanche, force est de reconnaître
qu'il n'a jamais manqué d'énergie. Ce film est une bonne surprise,
bien qu'elle n'égale, à mon sens, ni celle de "Ennemi
d'Etat", ni celle de
"USS
Alabama". Si l'on peut
passer rapidement sur le couple Redford-Pitt, efficace et sympathique,
mais qui aurait pu être remplacé sans dommage par n'importe quel
tandem, l'histoire en elle-même retient l'attention par son approche
éclatée, dans laquelle le fondement principal n'est finalement qu'un
prétexte anecdotique. Construit en retours ponctuels sur les grands
troubles mondiaux qui ont émaillé les vingt dernières années (Guerre
froide, Vietnam, Liban...), le récit permet de suivre la relation
ambigue du maître espion et de son élève, dont l'idéalisme, les
sentiments et le côté rebelle ne sont pas vraiment des atouts pour
devenir l'agent idéal de la CIA, pour lequel la fonte dans la masse,
l'obéissance absolue et la discrétion sont les moteurs de la
performance. En laissant de côté le spectaculaire et l'esbroufe, Tony
Scott se concentre sur le personnage de Muir qui, sans doute
aiguillonné par son départ imminent du théâtre des opérations, va,
sans que la motivation psychologique en soit très claire, transgresser
ses principes et les ordres pour tenter d'enrayer l'exécution
programmée. Même si l'on a vu des centaines de fois ces couloirs
interminables, ces services aux antagonismes intenses, qui cachent
derrière leur banalité un pouvoir occulte qui permet de renverser les
gouvernements ou de balayer les indésirables, on se prend tout de même
facilement à ce jeu du chat et de la souris, dont la vie est le terrain
d'exercice. C'est quelquefois un peu nébuleux, mais toujours vigoureux,
rythmé sans un temps mort, et la crédibilité ne pose aucun problème
! Ce que l'on voit ici n'est que le milliardième de ce qui a jailli du
monstre tentaculaire qu'est la CIA...