Septembre 1942. Les armées
du Reich occupent toute l'Europe et s'enfoncent en Russie. Mais elles
se heurtent à la résistance opiniâtre de Stalingrad. Les soldats
russes, qui ne reçoivent qu'un fusil pour deux, n'ont le choix qu'entre
tomber sous les balles allemandes ou être abattus par leurs propres
supérieurs, lorsqu'ils tentent de déserter. Un jeune berger de l'Oural,
Vassili Zaitsev (Jude Law), excellent tireur, parvient à abattre un
officier allemand et plusieurs de ses hommes. Un commissaire du
gouvernement, Danilov (Joseph Fiennes), témoin de l'exploit, a l'idée
d'utiliser le talent du soldat pour redonner courage aux troupes de
l'Armée Rouge. De nombreux articles sont publiés dans les journaux et,
chaque jour, Zaitsev abat son contingent de cibles. Le Major König (Ed
Harris), directeur d'une école de tir, est amené à Stalingrad pour
supprimer le héros gênant...
Jean-Jacques Annaud n'a tourné qu'une douzaine de films en trente ans.
En revanche, il a visité des genres fort divers, depuis le
préhistorique ("La guerre du feu"), jusqu'à l'aventure
animalière ("Deux Frères"),
en passant par la quête spirituelle ("Sept
ans au Tibet") sans omettre, bien sûr, son génial thriller
moyenâgeux ("Le Nom de la Rose").
Avec, il faut l'avouer, des résultats plus ou moins enthousiasmants.
Son incursion dans le film de guerre se fait au travers d'une approche
originale et surprenante de l'une des plus importantes batailles qui
aient jamais endeuillé la terre. Sans négliger la vision globale de
l'affrontement (la traversée de la Volga, au début de l'histoire, est
loin d'atteindre le spectaculaire horrifique de "Il faut sauver le
soldat Ryan", mais elle n'en est pas moins impressionnante), sans
occulter la course à l'abîme de ces milliers de jeunes envoyés à
l'abattoir au nom de la Mère Patrie, quasiment sans armes, le
réalisateur se concentre ensuite sur le duel entre ces deux tireurs
d'élite, authentique, semble-t-il, et qui, au premier abord,
semble dérisoire à côté du carnage humain qui s'amplifie chaque
jour.
Mais, parallèlement à l'aspect technique de l'affrontement : longues
attentes immobiles dans la boue et le froid, manipulations
informatives, errances dans un décor gris-noirâtre de ruines
apocalyptiques peuplées de cadavres..., le récit développe deux autres
perspectives majeures qui enveloppent ce face à face, élevant le jeu du
chat et de la souris en symboles universels. Tout d'abord, celui de
l'affrontement des classes. Le Major König est un aristocrate ; Vassili
est un être fruste, tout juste capable d'écrire péniblement une lettre
banale. Ensuite, celui du surhomme libérateur : le jeune berger
devient, par le pouvoir de l'information habilement orientée, une sorte
de héros susceptible de rendre aux soldats russes courage, dignité et,
surtout, espoir. La hiérarchie soviétique est représentée par un Nikita
Kroutchev (Bob Hoskins) déchaîné, carnassier, peut-être trop
caricatural. Mais l'ensemble du régime Stalinien, qui a probablement
fait disparaître autant de personnes que celui d'Hitler, n'était-il
pas, en lui-même, une hideuse caricature de la prétendue
égalité des hommes ? Danilov, fervent défenseur du communisme
pur et dur, verra bien vite ses illusions théoriques et dogmatiques
démasquées.
La grande réussite de Jean-Jacques Annaud est d'avoir su faire naître,
d'une simple compétition physique, tout à fait captivante, entre deux
individus, la vision sociale et politique d'un monde à l'orée de
bouleversements radicaux. Cela dit, la romance entre Vassili
et la touchante Tania (Rachel Weisz) était-elle vraiment utile ? Chacun
répondra individuellement à cette question. Plus gênant, tout au moins
avant que l'on ne s'y habitue, est le fait que tous les Russes parlent
anglais en VO. C'est compréhensible pour des raisons
mercantiles, mais, au premier abord, déstabilisant et nuisible à la
crédibilité...