30 Décembre 1999. Une folie délirante semble
s'être emparée de Los Angeles. Tandis que Lenny Nero (Ralph Fiennes),
ancien de la Brigade des moeurs, s'enfonce toujours plus dans la boue
en tentant de vendre de minis disques permettant à chacun, grâce à un
casque spécial, de ressentir ce que d'autres ont vécu, une de ses
amies, Iris (Brigitte Bako), blessée et affolée, vient lui demander de
l'aide. Quelques heures plus tard, un inconnu lui fait parvenir un
disque sur lequel il peut suivre la mort atroce de la jeune femme.
Rejeté définitivement par son ancienne compagne, Faith Justin (Juliette
Lewis), qu'il cherche à reconquérir, menacé de mort par le nouvel amant
de la belle, Philo Gant (Michael Wincott), Lenny ne trouve finalement
un peu d'aide qu'auprès de Lornette 'Mace' Mason (Angela Bassett),
devenue chauffeur...
Difficile de sortir les idées claires de cette oeuvre, non pas que le
scénario, à la trame classique, soit particulièrement complexe, mais
simplement parce que le voile de démence qui s'étend en permanence sur
la ville et les fantômes menaçants qui la hantent, s'étend sur la
narration, pourtant simple, rendant l'atmosphère aussi opaque et
perturbée que les cerveaux soumis à ce nouveau "jeu" d'ultra-réalité.
C'est d'ailleurs une marque de réussite que d'avoir su imprimer de
manière aussi profonde la marque d'un monde au bord du chaos. On se
croirait aisément dans un univers de science-fiction situé en l'an
2300, alors que nous pataugeons tout simplement dans ce qui nous semble
déjà, en 2005, un passé fort éloigné.
Si "Point Break", sorti quatre ans plus
tôt, dénotait déjà une originalité certaine dans le traitement d'une
histoire policière, que dire de cette oeuvre hyper-violente, baignée de
noirceur extérieure et intérieure, de sang, de vacarme, qui se clôt
dans une fureur apocalyptique ? C'est impressionnant, épuisant,
haletant, éprouvant, noir de chez noir, mais riche d'une vraie
personnalité qui s'exprime dans les extrêmes avec un talent et une
énergie peu communs.
Au milieu de personnages déjantés (Juliette Lewis se déchaîne dans son
rôle de chanteuse hystérique), émergent quelques êtres qui surnagent
tant bien que mal dans ce foutoir glauque et deshumanisé. Lenny,
merveilleusement servi par un Ralph Fiennes hagard, perpétuellement au
bord du gouffre, conserve, comme par miracle, une infime parcelle de
sensibilité humaine. Quant à Angela Bassett, visage figé par la colère
et le désespoir, regard d'acier, son incarnation laisse un souvenir
intense.
Les diverses composantes : drame de la déchéance, aberrations
futuristes, thriller, s'amalgament avec un vérisme qui doit autant à la
réalisatrice qu'aux acteurs, tant principaux que secondaires,
particulièrement engagés dans cette fresque sauvage. Sans omettre le
scénario, que l'on doit à James Cameron, qui n'est pas le premier
venu... L'histoire, pas plus que son traitement, ne font dans la
subtilité, c'est certain. Il n'en est pas moins évident que le
déchaînement généralisé ne peut laisser indifférent !