1972. Les membres de l'équipe de rugby
d'une petite ville de l'Uruguay, Carrasco, affrètent, en compagnie de
parents et amis, un avion pour se rendre au Chili, où ils doivent
affronter des adversaires, battus un an plus tôt. Une erreur de
pilotage au-dessus de la Cordillière des Andes provoque la catastrophe.
Se croyant sortis des cimes, les pilotes volent trop bas et l'appareil
se brise en deux après avoir heurté la montagne. Dans la partie avant,
un certain nombre de passagers sont indemnes. Ils espèrent un sauvetage
rapide, d'autant qu'un avion les survole. Mais, au bout de huit jours,
le responsable de l'équipe, Antonio Balbi (Vincent Spano), capte sur
une petite radio une information pour le moins désespérante : les
recherches ont été abandonnées. Commence alors une longue attente
dans un froid polaire...
Tant
par la réalisation (très discrète, pour ne pas dire transparente),
que par l'approche événementielle authentique (Nando Parrado (Ethan
Hawke), principal "héros" du drame, a séjourné plusieurs
semaines sur les lieux pour donner des conseils et des informations à
l'équipe de tournage), le film s'apparente davantage à un documentaire
avec acteurs, qu'à une véritable création fondée sur des faits
réels. Cela n'est d'ailleurs aucunement une limitation dommageable, car
l'horreur vécue par ces malheureux, contraints de surmonter avalanches,
neige, froid, agonie des blessés, absence de nourriture, et abandon des
sauveteurs, est suffisamment poignante pour compenser tous les artifices
pathétiques qu'un scénariste inspiré aurait pu produire.
Frank Marshall, dont l'activité principale semble être surtout la
production (ses deux autres films "Arachnophobie" et
"Congo" ne font pas partie des oeuvres inoubliables...), a eu
l'intelligence et la décence de ne pas s'appesantir sur ce qui avait,
à l'époque, marqué les (petits) esprits : à savoir que les
survivants avaient été contraints d'utiliser la chair des morts pour
se nourrir. C'est avant tout le drame humain, intérieur et extérieur,
qui tient la première place : chacun est placé, par le
"destin", devant sa personnalité véritable, confronté à
ses croyances, à ses peurs, à ses doutes, à ses dogmes. Le
supplément, dans lequel les principaux personnages : Nando Parrado,
Roberto Canessa, Carlitos Páez..., interviennent personnellement, est
tout à fait indispensable pour prendre conscience de la globalité du
drame. Tous habitent encore (en 1993) dans la petite ville de Carrasco,
sont évidemment soudés intimement par leur vécu, et côtoient chaque
jour les familles qui n'ont pas vu revenir l'un des leurs. Ce qui
génère obligatoirement une attitude permanente dans laquelle respect
et non-dits doivent cohabiter avec équilibre. C'est également dans ces
interviews que sont abordées les expériences de "NDE",
quasiment initiations spirituelles, vécues par certains
protagonistes. Saluons aussi, pour une fois, l'attitude de
l'Eglise, qui n'a vu dans l'acte "anthropophagique" des
rescapés qu'une action positive pour maintenir la vie...
Horrible, mais passionnant.