En raison de ses frasques, peu appréciées en haut lieu, Andrew
'Andy' Osnard (Pierce Brosnan) est envoyé par Londres en mission à
Panama. Dès son arrivée, il fait connaissance d'un homme solidement
implanté dans le milieu anglophone local, Harold 'Harry' Pendel
(Geoffrey Rush), tailleur de son état. L'homme se prétend d'ailleurs
héritier d'une lignée célèbre de tailleurs, alors qu'en fait, il
n'a appris son métier qu'en prison, ayant mis le feu à l'entreprise
de son oncle Benny (Harold Pinter), pour que celui-ci touche
l'assurance. Osnard entreprend de faire chanter Pendel afin d'obtenir
des informations sur les éventuels mouvements de résistance au
gouvernement en place. La femme de Pendel, Louisa (Jamie Lee Curtis),
travaille dans un service officiel, mais garde le secret sur ses
activités...
Est-il possible qu'une simple affabulation change le destin d'une
nation, bouleverse à jamais le cours de l'histoire ? Oui, si l'on en
croit cette fiction inspirée d'un roman de John le Carré, qui,
malgré son apparente futilité, n'est peut-être pas si éloignée
que cela de la réalité. L'homme est doté d'un tel appétit, qu'il
est capable de gober n'importe quelle couleuvre, aussi énorme
soit-elle, pourvu que son ingestion soit génératrice d'une enflure
de son compte en banque. Pierce Brosnan aborde, entre deux James Bond
("Le Monde ne suffit pas"
et "Meurs un autre jour"),
un rôle en demi-teinte, endossant la personnalité d'un pseudo-espion
infatué de sa personne, mufle et cynique, mais d'une étoffe plus
voyante que réellement noble. Le réalisateur nous plonge avec
réalisme dans une atmosphère poisseuse, faussement enjouée, sans
doute très représentative de celle qui règne à Panama, et le
dérisoire de l'intrigue initiée par Osnard résonne harmonieusement
avec elle. Mais l'équilibre est difficile à tenir, et la coexistence
du drame (Marta (Leonor Varela), défigurée par les tortures subies
sous le régime de Noriega ; Michelangelo 'Mickie' Abraxas (Brendan
Gleeson), brisé par les tortures endurées en prison), et d'une
certaine légèreté décontractée, donne naissance, au final, à une
oeuvre intéressante, mais superficielle, voire assez peu excitante.
Hormis le personnage de Pendel, naïf, tendre et touchant,
magistralement incarné par Geoffrey Rush, on conserve peu de
souvenirs de cette magouille pitoyable dans laquelle l'argent est
l'éternel meneur de jeu impitoyable.