Becky del Páramo (Marisa Paredes) a quitté
depuis bien longtemps son Espagne natale pour mener une carrière au
Mexique, se préoccupant fort peu de sa fille, Rebecca (Victoria Abril),
demeurée au pays. Mais la célèbre chanteuse fait son retour. Les
retrouvailles avec l'enfant devenue jeune femme, sont passablement
difficiles, d'autant plus qu'elle découvre que celle-ci a épousé Manuel
(Feodor Atkine), un de ses anciens amants. Tout ne va pas non plus pour
le mieux dans le couple, puisque Manuel souhaite divorcer, ce
que refuse Rebecca. Un soir, il est retrouvé tué dans son chalet...
Pedro Almodovar a beaucoup tourné avant ce film, mais c'est ici qu'il a
réellement rencontré l'adhésion du public et la reconnaissance de son
style. Il faut dire que cette histoire de femmes est merveilleusement
servie par deux interprètes en osmose totale avec les choix narratifs
et esthétiques du réalisateur. D'un côté Becky, femme-enfant,
inconsciente, méprisante, égocentrique, sans parole, qui place le coeur
à droite et ignore, apparemment, le terme "fibre maternelle". Marisa
Paredes est magistrale dans l'incarnation de cette poupée qui repousse
l'avancée dans l'âge mûr par tous les moyens possibles. En face d'elle
une enfant-femme, qui s'est développée dans une rivalité plus ou moins
consciente avec cette mère-idole absente, et n'a trouvé comme issue à
ce sentiment d'infériorité, que le mariage avec un ex-amant maternel.
Victoria Abril, faussement fragile, bondissant comme une fillette de
l'amour à la haine, est merveilleuse dans l'expression de ce
tempérament à la fois délicat, hérissé de tessons de bouteille, et
continuellement au bord de la rupture psychologique. Entre ces deux
individualités fracturées, un personnage androgyne, improbable, et
pourtant fascinant, qui devient le catalyseur d'une rédemption
émouvante.
Dominantes rouges omniprésentes, depuis les lèvres éclatantes
jusqu'aux sacs à main en passant par les décors, séquences musicales
magnétiques dans lesquelles s'exprime l'essence de l'émotion,
jaillissement des dialogues qui cernent l'essentiel, atmosphère à la
fois onirique, irréelle et terriblement physique, tout cela concourt à
rendre cette oeuvre séduisante, enchanteresse et magique.