Antoine Lemercier, professeur de grec à la
Sorbonne (Philippe Noiret), se rend comme chaque jour à son travail en
solex. Il grille étourdiment un feu rouge et se fait renverser par la
voiture de Lise Tanquerelle (Annie Girardot). Quelques minutes plus
tard, ils se sont reconnus comme ayant usé leurs fonds de culotte sur
les mêmes bancs, jadis. Seuls tous deux, ils ne demandent qu'à se
revoir. Un seul petit hic : plusieurs députés sont assassinés et
l'enquêteur n'est autre que... Lise...
Un bien sympathique duo d'acteurs merveilleux, sur la musique des bons
mots de Michel Audiard... Le résultat ne peut être que bon.
L'opposition entre la survoltée commissaire qui d'un bout à l'autre du
film n'effectue pas un seul pas sans courir (en talons hauts, qui plus
est !), et le flegmatico-philosophe, nostalgique de Mai 68, qui ne
pense qu'à remplir sa bedaine, est évidemment amusante. Le rythme est
soutenu, pour ne pas dire frénétique, et le spectateur ne s'ennuie pas
une seconde. Philippe de Broca, à qui l'on doit le merveilleux "Homme
de Rio",
"Cartouche", "le Magnifique", est un maître de l'effervescence
joyeusement vivante. Cela dit, l'histoire policière qui se greffe sur
cette idylle de quadragénaires est tout de même fort légère,
les dialogues d'Audiard ne retrouvent jamais la verve qui illumine les
films de Lautner, et les seconds rôles, d'ordinaire soigneusement
croqués et/ou truculents, manquent cruellement à notre bonheur.
Heureusement, on a pour compensation la plastique admirable de
Christine Vallier (Catherine Alric), égérie des parlementaires
refroidis.
Dans l'ensemble un agréable moment de distraction. Et puis, entendre le
débit saccadé et péremptoire d'Annie Girardot (qui tournait beaucoup à
cette époque : 5 films en 77, 5 en 78 !), ou la chaleur de la voix
magique de Philippe Noiret est un plaisir de gourmet. L'épisode suivant
"On a volé la cuisse de Jupiter" aura cependant le mérite d'introduire un
couple supplémentaire et, surtout, de nous dépayser dans les paysages
sublimes du Péloponnèse...