Tess Durbeyfield (Nastassja Kinski) vit très pauvrement avec ses
petits frères et soeurs, sa mère, ainsi que son père, fainéant
alcoolique. Celui-ci apprend un jour du pasteur qu'il est probablement
apparenté à une grande famille aristocratique, les d'Urberville.
Envoyée par les siens auprès des survivants de la célèbre lignée,
Tess fait la connaissance d'Alec (Leigh Lawson), qui abuse d'elle et
l'engrosse. Le nourrisson meurt peu après sa naissance, sans que le
père ait été informé de ce drame...
Dans une époque où la pauvreté se cumulait, pour la femme surtout, à
une condition d'esclave de l'homme, les tragédies s'amoncelaient avec
une constance et une obstination qui ne peuvent que tirer des larmes et
faire vibrer le coeur du spectateur le plus indifférent. En théorie,
du moins. Car, en l'occurrence, le parcours sombre de la malheureuse
Tess laisse quasiment de marbre ! Les raison en sont
multiples.
La première tient à un déficit chronique de matière, non pas tant
dans les noeuds dramatiques majeurs, assez restreints, il est vrai, mais
plutôt dans les intervalles moins "tendus", qui, s'ils
n'affichent pas le même aspect spectaculaire, permettent d'insuffler la
vie aux personnages, de les rendre profondément humains, grâce aux
notations psychologiques que génèrent les péripéties secondaires,
même de minime importance. Or, dans le cas présent, c'est le grand
calme, l'électro-cardiogramme plat, qui, malheureusement, sombre dans
le vide et détache irrémédiablement le spectateur du destin de
l'héroïne.
La seconde tient à la langueur du rythme adopté, certes en accord avec
le tempérament effacé, taciturne de Tess, mais qui, allié à la
durée importante du film, dilue la tension au point de la rendre
diaphane.
Enfin, la mise en scène hyper-classique ne contribue guère à rendre
émouvant, palpitant, saisissant, ce tableau particulièrement statique,
ennuyeux et terne, dans lequel la sobriété, pour une fois, se révèle plus un
handicap qu'une qualité valorisante.
Bernard
Sellier